‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 154 sur 297 · LIVRE I, CHAP. VII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. VII

Comtes de Horne et d’Aiguemond, il y eust tout plein de choses remarquables, et entre autres que ledict Comte d’Aiguemond', soubs la foy et asseurance duquel le Comte de Horne s’estoit venu rendre au Duc d’Albe, requit avec grande instance, qu’on le fit mourir le premier : affin que sa mort [laffranchit] de l'obligation, qu’il avoit audict Comte de Horne. Il semble que la mort n’ait point deschargé le premier de sa foy donnée, et que le second en estoit quite, mesmes sans mourir.

Nous ne pouvons estre tenus au dela de nos

forces et de nos moyens. À cette cause, par ce

que les effects et executions ne sont aucunement en nostre puissance, et qu'il n’y a rien en bon escient en nostre puissance, que la volonté : en celle là se fondent par necessité, et s’establissent toutes les reigles du devoir de l’homme. Par ainsi le Comte d’Aiguemond tenant son ame et volonté endebtée à sa promesse, bien que la puissance de l’effectuer ne fut pas en ses mains, estoit sans doute absous de son devoir, quand il eust survescu le Comte de Horne. Mais le Roy d'Angleterre faillant

Ligne 1) a, a’: d’Aiguemond, ausquels il fit trancher la teste, il — ÿ)a,a,b: mort le garantit de

1. Philippe de Montmorency Nivelles, comte de Horn, et Lamoral, comte d’Egmont, décapités le 5 juin 1568. Source probablement orale.

à sa parolle par son intention, ne se peut excuser pour avoir retardé jusques apres sa mort l’execution de sa desloyauté : non plus que le masson de Herodote', lequel ayant loyallement conservé durant sa vie le secret des thresors du Roy d'Egypte son maistre, mourant les descouvrit à ses enfans.

[J'ai veu plusieurs de mon temps conveincus par leur consciance retenir de l’autrui, se disposer a y satisfaire par leur testamant, et apres leur decez. Ils ne font rien qui vaille, ny de prandre terme a chose si pressante, ny de vouloir restablir un’ injure aveq si peu de leur ressantimant et interest. Ils doivent du plus leur*. Et d’autant qu’ils paient plus poisammant, et incommodeemant : d'autant en est leur satisfaction plus juste et meritoire. La pænitance demande a se charger.

Ceus la font encore pis qui reservent la revelation de quelque haineuse volante envers le proche à leur derniere volonté, l’aiant cachee pendant la vie; et montrent avoir peu de soin du propre honeur, irritant l’offancé a l'encontre de leur memoire, et moins de leur consciance, n’aiant pour le respect de la mort mesme sceu faire mourir leur maltalant, eten

HÉRODOTE, Il, 121. — Cité d’après H. ESTIENNE, Apologie pour Hérodote, XV, 16. (P. V.) 2. Ils doivent dédommager ceux qu’ils ont lésés avec ce qui leur appartient le plus réellement.

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