PLATON, Critias
dire qu'un homme n’a poinct de sens, ils disent qu’il n’a point de memoire : et quand je me plains du defaut de la mienne, ils me reprennent et mescroient, comme si je m'accusois d’estre insensé. Ils ne voyent pas de chois entre memoire et entendement. C’est bienempirermon marché. Maisils me font tort, carilse voit par experience plustost au rebours,
que les memoires excellentes se joignent vo-
lontiers aux jugements debiles. Ils me font tort aussi en cecy, qui’ ne sçay rien si bien faire qu’estre amy, que les mesmes paroles qui accusent ma maladie, representent l'ingratitude. On se prend de mon affection à ma memoire; et d’un defaut naturel, on en faict un defaut de conscience. Il a oublié, dict-on, cette priere ou cette promesse. Il ne se souvient point de ses amys. Il ne s’est point souvenu de dire, ou faire, ou taire cela, pour l'amour de moy. Certes je puis aiséement oublier, mais de mettre à nonchalloir* la charge que mon amy m'a donnee, je ne le fay pas.
Qu'on se contente de ma misere, sans en faire une espece de malice, et de la malice autant ennemye de mon humeur.
Je me console aucunement. Premierement
Ligne 26) b : Premièrement de ce que mon parler