‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 160 sur 297 · LIVRE I, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. IX

[sur] ce [que c’est un mal duquel principalement j'ay tire la raison de corriger un mal pire qui se fut facilement produit en moy, sçavoir est l’ambition, car c’est une desfaillance insupportable a qui s’empesche des negotiations du monde; quecome disent plusieurs pareils exemples du progres de nature, el! a volontiers fortifie d’autres facultez en moi a mesure que cettecy s’est afoiblie, et irois facilement couchant et alanguissant mon esprit et mon jugement sur les traces d’autruy,come faict le monde, sans exercer leurs propres forces, si les invantions et opinions estrangieres m'estoint presantes par le benefice de la memoire ;]que mon parler en est plus court, car le magasin de la memoire est volontiers plus fourny de matiere, que n’est celuy de l'invention : {si elle n'eut tenu bon, j’eusse assourdi tous mes amis de babil, les subjets esveillant cette telle quelle faculté que j'ay de les manier et emploier, eschauffant et attirant mes discours.| C’est pitié. Je l’essaye par la preuve d’aucuns de mes privez amys :

à mesure que la memoire leur fournit la chose entiere et presente, ils reculent si arriere leur narration, et la chargent de vaines circonstances, que si le conte est bon, ils en estoutfent la bonté; s’il ne l’est pas, vous estes à

Ligne 11) 1595 : d’autruy, sans exercer — 26) 1595 : chargent de fant de

maudire ou l’heur de leur memoire, ou le malheur de leur jugement. [Et c’estchosediffi= cile de fermer un propos et de le couper despuis qu’on est arrouté’. Et n’est rien ou la force d’un cheval se conesse plus qu’a faire un arrest ront et net. Entre les pertinans mesmes j'en voi qui veulent et ne se peuvent desfaire de leur course. Cependant qu’ils cherchentle point de clorre le pas, ils s’en vont balivernant et treinant come des homes qui desfaillent de foiblesse. Sur tout les vieillars sont dangereus, a qui la souvenance des choses passees demure, et ont perdu la souvenance de leurs redictes. J’ay veu des recits bien plesans devenir tresennuieus en la bouche d’un seignur : chacun de l'assistance en ayant esté abbreve çent fois.] Secondement”, qu’il me souvient moins des offences receuës, [ainsi que] disoit cet ancien”; [il me faudroit un protocolle, come Darius pour n’oblier l’offance qu’il avoit receu des Atheniens, faisoit qu’un page a tous les coups qu’il se mettoit a table,

Ligne 17) b : fois. Aussi, qu'il me souvient moins des offenses receües, come disoit

Page 1