LIVRE I, CHAP. X
redoubler son eloquence'. Je cognois, par experience, cette condition de nature, qui ne peut soustenir une vehemente premeditation et laborieuse. Si elle ne va gayement et librement, elle ne va rien qui vaille. Nous disons d’aucuns ouvrages qu’ils puent lPhuyle et la lampe, pour certaine aspreté et rudesse, que le travail imprime en ceux où il a grande part.
Mais outre cela, la solicitude de bien faire, et cette contention de l’ame trop bandée et trop tenduë à son entreprise, [la met au rouet|, la rompt, et l’[empeche, ainsi qu’il advient à] l’eau qui par force de se presser de sa violence etabondance, ne peut trouver issuë en un [goulet] ouvert.
En cette condition de nature, de quoy je
Ligne 1) a : Je cognois bien privement et par ordinaire experience, cette condition de nature, qui ne peut soustenir une véhémente premeditation fant pour le défaut de la mémoire et difficulié du chois des choses et de leur disposition, que pour le trouble qu'une attention véhémente lui apporte d’ailleurs. Nous disons : Je cognois... pour défaut... Nous disons , 4’. b : puent à l’huyle et à la lampe , d : imprime es ouvrages, où :ilya — 12) a, 4° : la rompt ef la trouble. En cette
b : la rompt ef la trouble : comme l’eau
1995 : entreprise la rompt et — 15) D : un passage ouvert
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1. SÉNÈQUE le rhéteur, Controuerses, livre II, p. 241 de l'édition Teubner, 1872.
parle, il y a quant et quant aussi cela, qu’elle demande à estre non pas esbranlée et piquée par ces passions fortes, comme la colere de Cassius (car ce mouvement seroit trop aspre), elle veut estre non pas secoüée, mais solicitée : elle veut estre eschaufée et reveillée parles occasions estrangeres, presentes et fortuites. Si elle va toute seule, elle ne fait que trainer et languir. L’agitation est sa vie et sa grace. & ® 10
Je ne me tiens pas bien en ma possession et disposition. Le hazard y a plus de droictque moy. L'occasion, la compaignie, le branle mesme de ma voix, tire plus de mon esprit, que je n’y trouve lors que je le sonde, et em= 15 ploye à part moy.
Ainsi les paroles en valent mieux que les escripts, s’il y peut avoir chois où il n’y a point de pris.
[Ceci m’avient aussi : que je ne me treuve 20 pas ou je me Cherche; et me treuve plus par rencontre que par l’inquisition de mon jugement. J’arai eslance quelque subtilite en escri-
Ligne 3) rc)
a, a’ : par ses passions
a : eschaufée et recueilliee par [ou receuillée, suivant les tirages]
a’ : receuilée
— 9) a, a” : l'agitation, c’est la vie et la grace de
son langage : ses escris le montrent au pris
de ss paroles : au moins s’il y peutavoir du
chois, ou il n’y a point de valeur.
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