LIVRE 1, CHAP. XI
tournoiement des rivieres, « multa cernunt aruspices, imulta augures provident, multa oraculis declarantur, mulia vaticinationibus, multa somniis, multa portentis' », et autres sur lesquels l'ancienneté appuioit la plus part des entreprinses, tant publiques que privées, nostre religion les a abolies. Et encore qu'il reste entre nous quelques moyens de divination és astres, és esprits, és figures du corps, és songes, et ailleurs, — notable exemple de la forçenée curiosité de notre nature, s’amusant à preoccuper les choses futures, comme si elle n’avoit pas assez affaire à digerer les presentes :
cur hanc tibi rector Olympi Sollicitis visum mortalibus addere curam, Noscant venturas ut dira per omina clades,
Sit subitum quodcunque paras, sit cæca futuri Mens hominum fati, liceat sperare timenti?,
« Ne utile quidem est scire quid futurum sit.
1. Lés aruspices voient quantité de choses; les augures en prévoient aussi un grand nombre; beaucoup sont annoncées par les oracles, et par les prophéties, par les songes, par les prodiges. CICÉRON, De Nat. deor., I, 65.
2. Pourquoi, roi de l’Olympe, t’a-t-il plu d'ajouter aux tourments des humains cette inquiétude? Pourquoi leur faire connaître, par d’affreux présages, leurs désastres à venir? Faïs que tout ce que tu leur réserves arrive soudain, que leur intelligence ne puisse deviner l’avenir et que, tout en craignant, il leur soit permis d'espérer. Lucain, Il, 4 et 14.
Miserum est enim nihil proficientem angil», si est-ce qu’elle est de beaucoup moindre auctorité.
Voyla pourquoy l’exemple de François Mar-
quis de Sallusse* m’a semblé remarcable: Car 5
lieutenant du Roy François en son armée de la les monts, infiniment favorisé de nostre cour, et obligé au Roy du Marquisat mesmes, qui avoit esté confisqué de son frere, au reste
affection mesme y contredisant, se laissa si fort espouvanter (comme il a esté adveré) aux belles prognostications qu’on faisoit lors cou-
Les
ne se presentant occasion de le faire’, son 10
rir de tous costez à l’advantage de l'Empereur
Charles cinquiesme, et à nostre des-advan- "15
tage, mesmes en Italie, où ces folles propheties avoyent trouvé tant de place, qu'à Rome fut baillé grande somme d’argent au change,
Ligne 16) a, a : en l'Italie
1. On ne gagne rien à savoir ce qui doit arriver; car c’est une misère de se tourmenter en vain. CICÉRON, De Nat. deor., II, 6.
2. Saluces. — Une fille de cette famille s’est alliée en 1586 à un Lur des environs de Bordeaux, fondant la branche des Lur-Saluces, qui existe encore, et deux de leurs petits-fils ont épousé les deux filles de lafille de Montaigne. (M.)
3. C'est-à-dire de changer de parti, comme Montaigne le dit plus bas. Mlle de Gournay, dans l'édition de 1635, a substitué aux mots de le faire, les mots : 4e tourner sa robe. C’est une de ces nombreuses altérations du texte des Essais, qu’elle s’est permises.
on
Le)