‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 187 sur 297 · LIVRE I, CHAP. XIV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XIV

premier, dict ne vouloir boire apres luy, de peur de prendre la verolle. Chacun a ouy faire le conte du Picard, auquel estant à l’eschelle on presenta une garse, et que (comme nostre justice permet quelque fois) s’il la vouloit espouser, on luy sauveroit la vie: luy, l'ayant un peu contemplée, et apperçeu qu’elle boitoit : Attache, Attache, dit-il, elle cloche. Eton [dict] de mesmes qu’en Dannemarc un homme condamné à avoir la teste tranchée, estant sur l’eschaffaut, comme on luy presenta une pareille condition, la refusa, par ce que la fille, qu’on luy offrit, avoit les joües avallées, et le nez trop pointu. Un valet à Thoulouse accusé d’heresie, pour toute raison de sa creance [se] rapportoit à celle de son maistre, jeune escholier prisonnier avec luy; et ayma mieux mourir, que [se laisser persuader que son maistre peut faillir]. Nous lisons de ceux de la ville d'Arras, lorsque le Roy Loys unziesme la print, qu’il s’en trouva bon nombre parmy le peuple qui se laisserent pendre, plustost que de dire :

Vive le roy”.

Ligne 9) a, a', b : on conte de — 18) a : que de se départir de ses opinions, quelles qu'elles fussent. Nous lisons a', b : que se départir de. fussent. Nous

1. Depuis le début du paragraphe, Montaigne imite H. ESTIENNE, Apol. pour Hérodote, éd de 1566, p. 175. 2. BOUCHET, f° 160 v°.

[Au Royaume de Narsinque encores aujourd’huy les femes de leurs prestres sont vives ensevelies aveq leurs maris morts. Toutes autres femes sont brulees vives non constammant sulemant, mais gaïement aus funerailles de leurs maris. Et quand on brule le corps de leur Roy trespassé, toutes ses femes et concubines, ses mignons et toute sorte d'officiers et serviturs qui font un peuple, accourent si allegremant a ce feu pour s’y jetter quant et leur maistre, qu'ils semblent tenir a honeur d’estre compaignons de son trespas'.]

Et de ces viles ames de bouffons, il s’en est trouvé qui n’ont voulu abandonner leur [gaudisserie en] la mort mesme. Celuy [a] qui le bourreau donnoit le branle, s’escria : Vogue la gallée, qui estoit son refrain ordinaire. Et

Ligne 3) 1505 : avec le corps de leurs maris. Toutes autres femmes sont brûlées aux funérailles des leurs, non constamment seulement, maïs gaiement. À la mort du roi, ses femmes et concubines, ses mignons et fous ses ser viteurs, qui font un peuple, se présentent si allègrement au feu où son corps est brälé, qu'ils montrent prendre à grand honneur d'y accompagner leur maistre. Et de

— 14) 4, a’, b : abandonner leur mestier à la mort mesme : fesmoing celuy qui, comme le bourreau luy donnoit

1. Osorto, IV, 12. — Ce paragraphe manuscrit a été mis, sans raison connue, dans l'édition de 1505, après le paragraphe qu’il précède ici; l’édition municipale l’a remis à sa vraie place.

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