‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 213 sur 297 · LIVRE I, CHAP. XIV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XIV

titre au diamant, et la difficulte a la vertu, et la dolur a la devotion, et l’asprete a la medecine.]|

Tel! pour arriver à la pauvreté jetta ses escuz en cette mesme mer, que tant d’autres fouillent de toutes pars pour y pescher des richesses. Epicurus* dict que l’estre riche n’est pas soulagement, mais changement d’affaires. De vray, ce n’est pas la [disette], c’est plustot labondance qui produict lavarice.

Je veux dire mon experience autour de ce subject.

J'ay vescu en trois sortes de condition, depuis estre sorty de l’enfance. Le premier temps, qui a duré pres de vingt années, je Le passay, n’aiant autres moyens, que fortuites, et despendant de l’ordonnance et secours d’autruy, sans estat certain et sans prescription. Ma despence se faisoit d'autant plus allegrement et avec moins de soing, qu’elle estoit toute en latemerité de la fortune. Je ne fu jamais mieux. Il ne m'est oncques advenu de trouver la bourçe de mes amis close : m’estant enjoint au delà de toute autre nécessité, la necessité de ne faillir au terme que j’avoy prins [a m'acquiter].

Ligne 9) b : pas la nécessité, c’est

1. Aristippe, dans DIOGÈNE LAERCE, Il, 77, et dans Horace, Safires, I, 3, v. 100.

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