‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 214 sur 297 · Dans SÉNÈQUE, Lettre · texte numérisé non relu

Dans SÉNÈQUE, Lettre

Lequel ils m'ont mille fois falongé], voyant l'effort que je me faisoy pour leur satisfaire : en maniere que j en rendoy une loyauté mesnagere et aucunement piperesse'. Je sens naturellement quelque volupté à payer, comme si je deschargeoïs mes espaules d’un ennuyeux poix, et de cette image de servitude; aussi qu’il y a quelque contentement qui me chatouille à faire une action juste, et contenter autruy. J'excepte les payements où il faut venir à marchander et conter, car si je ne trouve à qui en commettre la charge, je les esloingne honteusement et injurieusement tant que je puis, de peur de cette altercation, à laquelle et mon humeur et ma forme de parler est du tout incompatible. Il n’est rien que je haisse comme à marchander. C’est un pur commerce de [trichoterie| et d’impudence :

apres une heure de debat et de barquignage, lun et l’autre abandonne sa parolle et ses’sermens pour cinq sous d’amandement. Et si empruntois avec desadventage : car n’ayant point le cœur de requerir en presence, j'en

Ligne 1) b: fois estendu, voyant — 18) b: de menterie et

1. Les commentateurs, attribuant au mot « aucunement » un sens négatif qu’il n’a pas à cette époque, ont donné de ce passage une explication erronée : Montaigne veut dire que sa loyauté lui profitait au détriment de ses créanciers puisque ceux-ci lui « allongeaient » le terme du remboursement. (A. A.)

MRC

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