‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 248 sur 297 · LIVRE 1, CHAP. XX · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAP. XX

sont là, [que le plaisir est nostre but,] quoy qu’elles en prennent divers moyens; autrement on les chasseroit d'arrivée: car qui escouteroit celuy qui pour sa fin establiroit nostre [peine et mesaise'?

Les dissantions des sectes philosophiques, en ce cas, sont verbales. « Transcurramus solertissimas nugas*. » Il y a plus d’opiniatreté et de picoterie qu’il n’apartient a une si seincte profession. Mais quelque personage que l'home entrepraigne, il joue tousjours le sien parmy. Quoi qu'ils dient, en la vertu mesme le dernier but de notre visee c’est la volupté. Il me plait de battre leurs oreilles de ce mot qui leur est si fort a contreceur. Et s’il signifie quelque supreme plaisir et excessif contentemant, il est

Ligne 1) 4, 4°, b : en sont là, quoiqu’elles — 5)a, a, b: notre fourment ? Or, il est hors de moyen d'arriver à ce point de nous former un solide contentement qui ne franchira la crainte de la mort. Voila (p. 175)

1. M. F. Strowski reconnaît que ce passage (depuis « De vrai » jusqu’à « mésaise ») est épicurien, mais il soutient que le texte de 1580 était stoïcien. Il sufht de lire attentivement le texte de 1580, que les variantes de la présente page permettent de reconstituer, pour constater combien Emile Faguet avait raison d'écrire (Revue latine du 25 mars 1907) que ce passage est, en 1580 comme en 1595, « du plus pur épicurisme ». (A. A.)

2. Ne nous attardons pas à d’aussi subtiles bagatelles. SÉNÈQUE, Leftre 117.

mieus deu a l'assistance de la vertu qu'a nul! autre assistance. Cette volupte, pour estre plus gaillarde, nerveuse, robuste, virile, n’en est que plus serieusement voluptueuse. Et luy devions doner le nom du plaisir, plus favo- 5 rable, plus dous et naturel: non celuy de la vigur, duquel nous l'avons denomee. Cett’ autre volupté plus basse, si elle meritoit ce beau nom, ce devoit estre en concurrance, non par privilege. Je la treuve moins pure 10 d’incommoditez et de traverses que n’est la vertu. Outre que’ son goust est plus momentanee, fluide et caduque, el! a ses veillees, ses junes, et ses travaus, et la sueur, et le sang;

et en outre particulierement ses passions tran- 15 chantes de tant de sortes, et a son coste une satieté si lourde qu’elle equipolle a pœænitance. Nous avons grand tort d’estimer que ces incommoditez luy servent d’eguillon et de condimant a sa douceur, come en nature le 20 contrere se vivifie par son contrere, et de dire, quand nous venons a la vertu, que pareïlles suites et difficultez l’accablent, la rendent austere et inaccessible, la ou, beaucoup plus

propremant qu’a la volupte, elles annoblissent, 25 esguisent, et rehaussent le plaisir divin et parfaict qu’elle nous moiene*. Celuy la est certes bien indigne de son acointance, qui contre-

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