‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 25 sur 297 · DE Tuou, Histoire universelle, t. I, p · texte numérisé non relu

DE Tuou, Histoire universelle, t. I, p

2 Arnault SORLIN, prédicateur du Roi, Le vrai Réveille- Malin des Calvinistes, 1576, p. 9 v°.

Mes conclusions ont été discutées avec beaucoup d'animation pendant trois années dans diverses revues littéraires, et je crois avoir répondu victorieusement à toutes les objections de mes contradicteurs. Ma thèse cependant compte encore, je crois, quelques opposants:

J'ai ajouté que le second dessein de Montaigne, auquel je viens de faire allusion, de méler aux préceptes de sagesse qui étaient seuls, jusqu’à cette date, le sujet de son livre, des protestations contre la politique cruelle des deux partis, a été confirmé dans son esprit par le succès même de cette publication du Contr'un.

N'est-il pas, en effet, vraisemblable, que le grand effet qu’elle venait de produire sur les événements politiques a dû lui révéler la puissance de sa plume, et que la réussite du stratagème, grâce auquel il put échapper aux conséquences de son acte, lui montra la voie à suivre? Il vit sans doute qu’à l’aide de certaines précautions et en usant d’habileté, il n’était pas impossible de lancer dans son livre des hardiesses qui seraient comprises à demi-mot par les « gens d’entendement.et les esprits esveillés ». Toutefois, je ferai remarquer que, bien que j'aie toutes raisons de croire que la plupart de mes lecteurs ont adopté ma conclusion, il suffit que quelques-uns n’y aient pas adhéré pour que je ne la fasse pas ici entrer en ligne de compte; en conséquence je n’invoquerai, dans la présente Étude, pour expliquer les actes politiques de Montaigne, que les faits sur lesquels l'accord est complet, ou qui n’ont pas été controversés, me réservant de démontrer dans une autre étude qu'ils s’expliquent encore mieux si l’on adopte ma thèse.

Cependant, cette fusion de deux desseins différents dans un même livre n’est pas telle que l’on ne puisse réellement distinguer (surtout un lecteur averti) ce qui se rapporte à l’un et ce qui concerne l’autre. Aussi,

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est-il relativement facile à un lecteur chrétien, non fanatique, de suivre avec attention dans les Essais ce qui a simplement pour but de lui apprendre à vivre normalement et heureusement la vie de tous les jours, sans se laisser trop impressionner par les morceaux de propagande et de combat, surtout s’il sait les rapporter à l’époque où ils ont été écrits.

Au temps où vivait Montaigne, les grands chefs de la religion avaient souvent les plus grands vices, leurs mœurs étaient déplorables, ainsi que celles d’une grande partie de leurs fidèles; la foi n’eut guère, pendant près de quarante ans, qu'un seul résultat apparent : l’assas-

- sinat. Les catholiques tuaient les protestants, les pro-

testants tuaient les catholiques, uniquement en vue d'obtenir l’unifé de foi. Montaigne, qui était sensible, libéral et humain, s’est efforcé, par sa parole et par ses actes, de mettre un terme à ces tueries, par une polémique qui devait contribuer à séparer les combattants et aboutir pour sa part à l’édit de Nantes. Le nombre des croyants aujourd’hui gagnés à la cause de la tolérance nous paraît trop grand pour que nous ne soyons pas convaincu que la plupart d’entre eux, non seulement ne sauraient lui en vouloir d’avoir poursuivi étatteint un pareil objectif, mais qu’ils lui pardonneront aussi les moyens inévitables, et à un certain point de vue fâcheux, qu'il a mis en jeu pour y arriver.

Nous étudierons donc successivement les deux Montaigne. Commençons par celui dont les pensées et les maximes doivent plaire à tous les lecteurs et peuvent leur apprendre la sagesse, c’est-à-dire l’art d’être heureux, et qui doit devenir pour eux comme un ami vivant et toujours présent, après avoir toutefois fait connaître les traits essentiels de son caractère.

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