‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 261 sur 297 · LIVRE 1, CHAP. XX · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAP. XX

trouva un memoire de quelque chose, que je vouloy estre faite apres ma mort. Je luy dy, comme il estoit vray, que n’estant qu’à une lieuë de ma maison, et sain et gaillard, je m'estoy hasté de l’escrire là, pour ne m’asseurer point d'arriver jusques chez moy.

[Come celluy' qui continuellemant me couve de mes pensees, et les couche en moy, je suis a tout heure preparé environ ce que je le puis estre. Et ne m’advertira de rien de nouveau la survenance de la mort.]

Il faut estre tousjours boté et prest à partir, en tant qu'en nous est, et sur tout se garder qu’on n’aye lors affaire qu’à soy :

Quid brevi fortes jaculamur ævo Multa®?

Car nous y aurons assez de besongne, sans 4

autre surcroit. L’un se pleint plus que de la mort, dequoy elle luy rompt le train d’une belle victoire; l’autre, qu’il luy faut desloger avant qu’avoir marié sa fille, ou contrerolé l'institution de ses enfans; l’un pleint la compagnie de la femme, l’autre de son fils, comme commoditez principales de son estre.

[Je suis pour cette heure en tel estat, dieu mercy, que je puis desloger quand il luy

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