‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 267 sur 297 · LIVRE I, CHAP. XX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XX

y appelle, car pourquoy craindrions nous de perdre une chose, laquelle perduë ne peut estre regrettée; et, puis que nous sommes menassez de tant de façons de mort, n’[y a il pas]-plus de mal à les craindre toutes, qu’à en soustenir une‘?

[Que chaut il quand ce soit, puis qu’elle est inevitable. À celuy qui disoit a Socrates * Les trante tirans t’ont condamne a la mort.

— Et nature a eus, respondict il.

Quelle sottise de nous peiner sur le point du passage a l” examption de toute peine!

Come nostre naissance nous aporta la naissance de toutes choses, aussi faira la mort de toutes choses nostre mort. Parquoi c’est pareille folie de pleurer de ce que d’icy a cent ans nous ne vivrons pas, que de pleurer de ce que nous ne vivions pas, il y a cent ans. La mort est origine d’un’ autre vie. Einsi plurames nous : einsi nous couta il d’entrer en cetecy : einsi nous despouillames nous de nostre entien voile, en y entrant.

Rien ne peut estre grief, qui n’est qu’une fois. Est ce raison de creindre si long temps

Ligne 4) a, a’, b : moït ne voyons-nous pas qu’il y a plus

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