Esquivant
2. Si l’on nous offrait l’immortalité sur la terre, qui est-ce qui voudrait accepter ce triste présent ? J.-J. Rous- SEAU, Émile, L. II. — Montaigne a plus d’une fois développé cette pensée dans les Essais.
J'aprins a Thales, le premier de vos sages, que le vivre et le mourir estoit indifferant; par ou, a celuy qui lui demanda pour quoy dong il ne mouroit, il respondit tressagement : Par ce qu’il est indifferant'.
L'eau, la terre, l’air, le teu et autres mambres de ce mien bastimant ne sont non plus instrumans de ta vie qu'instrumans de ta mort*. Pourquoi creins tu ton dernier jour? il ne confere non plus a ta mort que chacun des autres. Le dernier pas ne faict pas la lassitude : il la declare. Tous les jours vont a Rs mort, le dernier y arrive*.]
Voila les bons advertissemens de nostre mere nature. Or j’ay pensé souvent d’où venoit celà, qu'aux guerres le visage de la mort, soit que nous la voyons en nous ou en autruy, nous semble sans comparaison moins effroyable qu’en nos maisons, autrement ce seroit un armée de medecins et de pleurars; et, elle estant toujours une, qu'il y ait toutes-fois beaucoup plus d’asseurance parmy les gens de village et de basse condition qu’és autres. Je croy à la verité que ce sont ces mines et appareils effroyables, dequoy nous l’entournons, qui nous font plus de peur qu’elle : une toute nouvelle forme de vivre, les cris des meres,