VI AVERTISSEMENT
dans l’exemplaire de Bordeaux. Depuis 1866 toutefois, R. Dezeimeris était revenu sur cette conclusion, et en 1904 il approuvait complètement l'opinion que javais fait partager à Paris, dès 1901, à nos amis de la Société Montaigne, opinion exprimée dans la lettre adressée le 22 mars 1905 à M. le Directeur de l’Imprimerie nationale, et qui fut aussi celle des éditeurs de l'édition municipale. Cette opinion, sur laquelle tous les éditeurs et commentateurs de Montaigne, à Bordeaux et à Paris, sont aujourd’hui d’accord, est que le seul texte authentique et définitivement arrêté que l’on puisse donner des Essais est celui qui ne contient que des morceaux imprimés par Montaigne lui-même, augmentés exclusivement des additions et des corrections écrites de sa main sur l’exemplaire de Bordeaux; et que tous les passages qui ne s’y trouvent pas doivent être publiés hors texte, en variantes. Doivent être mis de même en variantes les fragments du texte de 1595 indiqués par une croix dans certaines marges de l’exemplaire de Bordeaux, même celui qui contient l'éloge de Mlle de Gournay, par Montaigne, dont nous n'avons pas le manuscrit. D'ailleurs plusieurs de ces passages prêtent à suspicion par ce fait qu’on ne s'explique pas pourquoi Montaigne les a transcrits sur une feuille volante, alors que la place nécessaire à ces passages est restée libre sur l’exemplaire. La prudence commande donc de donner tous ces morceaux hors texte.
En ce qui concerne le texte, il y a un grand intérêt à distinguer, les uns des autres, les apports successifs de 1580, 1582, 1588, 1592-1505, et ceux de l’exemplaire de Bordeaux. Rien n’est plus fréquent en effet pour le lecteur attentif, qui étudie l’œuvre de Montaigne dans ses rapports avec sa vie et avec les événements de son temps, que d’avoir besoin de connaitre à quelle date approximative, ou du moins à laquelle des quatre
AVERTISSEMENT. VIl
périodes!successives, 1571-1580, 1581-1582, 1582-1588 et 1588-1592, tel passage a été écrit. Aussi avons-nous placé chacun de ces textes successifs sous des signes spéciaux qui les distinguent.
Quant à l'orthographe, qui au xvi° siècle n’était pas encore fixée, nous avons naturellement reproduit celle du texte imprimé, et pour le manuscrit, nous avons respecté la graphie de Montaigne, d’ailleurs très variable dans beaucoup de mots.
J'adresse ici mes remerciements les plus cordiaux à mes deux aimables et savants collaborateurs de tous les instants : Mile Jeanne Duportal, docteur ès lettres, chargée d’un cours libre à la Sorbonne, et M. Robert Doré, ancien élève de l’École des Chartes.
Mlle Jeanne Duportal, par son amitié pour Montaigne et pour moi, m'a aidé de son grand savoir, notamment en recueillant les variantes des éditions. Elle m'a secondé aussi dans la correction des épreuves.
A M. Robert Doré, qui a lu en dernier ressort les épreuves, revint le travail ardu et délicat d’avoir revisé, et rajeuni quand c'était nécessaire, la traduction des citations latines, grecques et italiennes.
Je prie mes deux chers collaborateurs d’accepter l'expression de ma très vive reconnaissance ; je conserverai le souvenir de leur concours si utile et si agréable.
Je joins mes remerciements à mon éditeur, M. Louis Conard, pour le soin intelligent et attentif qu’il a mis à surveiller les conditions matérielles de l'édition.
1. Nous ne parlons pas ici de la chronologie des chapitres, question très complexe en général, et qui comporte une discussion que nous réservons pour un des addenda du septième volume.