AVERTISSEMENT. V
de 1595, c’est-à-dire de faire ce que Victor Le Clerc avait cru réaliser? Ce serait une grosse erreur. Depuis déjà plus d’un siècle et demi on savait, par les remarques de François de Neufchâteau que l’édition de 1595 ne reproduisait pas exactement le manuscrit de Montaigne. Naigeon, sur sa demande, publia chez Didot, en 1802, une édition où il crut reproduire fidèlement les additions manuscrites; mais en realité il s’est mal acquitté de sa tâche, n’a montré aucun esprit critique et n’a pas donné les vraies raisons de ses préférences, de sorte que V. Le Clerc, qui n’avait pas connu luimême l’exemplaire de Bordeaux où figuraient ces additions, et les autres éditeurs à sa suite, ayant cru qu’il s'agissait d’un exemplaire abandonné par l'auteur, en étaient revenus ou croyaient en être revenus à l'édition de 1505. Or, en 1866, un érudit bordelais, Reinhold Dezeimeris, dans un mémoire sur la Recension des Essais1, conclut avec raison que l’exemplaire de Bordeaux est bien l’exemplaire, le seul exemplaire authentique des Essais, celui que Montaigne destinait à l’impression, mais qu'il n'avait pas quitté Bordeaux, et que Mile de Gournay avait utilisé pour sa publication non pas ce texte manuscrit, mais une copie collationnée et établie à Bordeaux par de Brach, l’ami de Montaigne. Il montra plus complètement qu’on ne l'avait fait jusque-là qu’un très grand nombre de passages manuscrits ne figuraient pas sur cet exemplaire de 15095, et que par contre un assez grand nombre de morceaux qui sont dans l’édition de 1595 ne sont pas sur l’exemplaire de Bordeaux. Mais il émit une conclusion étrange en accordant que lon doit introduire dans le texte d’une édition authentique des Essais les additions qui ne sont pas représentées
1. Recherches sur la Recension du texte posihuine des Essais de Montaigne, par Reinhold Dezermxris. Bordeaux, G. Gounouilhou, 1866.