‹ Œuvres complètes de Michel de MontaigneChapitre 80 sur 297 · Essais, II, x · texte numérisé non relu

Essais, II, x

3. Voyez avec quelle verve, dans l'Apologie, il raille la doctrine chrétienne et les causes finales : « Car, pourquoi un oison ne dirait-il pas aussi : Toutes les pièces de l'univers me regardent; la terre me sert à marcher, le soleil à m'éclairer, les étoiles à m'inspirer leur influence; j'ai telle commodité des vents, telle des eaux; il n'est rien que cette voûte regarde si favorablement que moi; je suis le mignon de nature. Est-ce pas l'homme qui me traite, qui me loge, qui me sert? C'est pour moi qu'il fait et semer et moudre; s'il me mange, aussi fait-il bien l'homme son compagnon; et si fais-je, moi, des vers qui le tuent et qui le mangent...

« Ordonc, par ce même train (c'est-à-dire : par les mêmes raisons, et sans raisons plus plausibles), pour nous sont les

Un autre argument décisif qui n’a pas été et ne peut être réfuté, c’est que, Montaigne ne croyant pas à Pimmortalité de l’âme, son christianisme est impossible. Or, il n’y a aucun doute sur ce point : Montaigne n’a jamais cru: à l’immortalité de âme.

Dans plusieurs passages il repousse l’idée de la survivance. Au chapitre 111 du livre I, il rappelle que Solon se demande si un homme, avant sa mort, peut être dit heureux? Car celui-là même qui a vécu et est mort, selon quel ordre peut-il être considéré comme heureux, s'il laisse une mauvaise renommée et s’il laisse une postérité misérable ?

Et Montaigne répond à Solon qu'après notre mort nous n'avons plus aucune communication avec nos amis, avec ce qui est, et que Solon aurait dû dire que « jamais homme n’est donc heureux, puisqu'il ne l’est qu'après qu'il n’est plus », et il appuie cette proposition des vers de Lucrèce : « Il n’y a presque personne qui s’arrache totalement à la vie. Ienorant, l’homme s’imagine qu’une partie de lui-même. lui survit, il ne peut se détourner et s'affranchir de son être misérable. »

Livre I, chapitre xx, il dit : « Comme notre naïssance nous apporta la naissance de toutes choses, ainsi fera la mort de toutes choses notre mort. »

Et encore au chapitre 1 de ce livre I, il s’écrie avec Sénèque : « Veux-tu savoir où tu seras après la mort? Où sont les choses à naître. » Peut-on enfin lire dans la phrase suivante autre chose que l’incrédulité la plus complète vis-à-vis de la vie future : « Il faut retenir à tous nos dents et nos griffes l'usage des plaisirs de la vie... Jouissons; les seuls jours que nous donnons aux

destinées, pour nous le monde; il luit, il tourne pour nous, et le créateur et les créatures, tout est pour nous. C’est le but et le point où vise l’université des choses. »

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