ACTE V, SCENE III
Votre toute -puissance et votre liberté!
CHAR LES
Ils sont maîtres de moi ! Dans un moment peut-être Les fers , la mort... Amis, vous n'avez plus de maître. A l'infortune au moins que ne puis-je ravir Ceux qui dans ma disgrâce ont osé me servir! Monarque sans royaume ! en ta chute funeste , De tes nombreux sujets voilà ce qui te reste. Que vas-tu devenir ? Les dangers , les complots Sur terre me suivront, m'attendront sur les flots. Quels rivages lointains, quels ports, ou quelles îles Oseront maintenant me prêter leurs asyles! J'en serai l'épouvante. A mon nom prononcé, Je verrai loin du bord mon vaisseau repoussé; Et , fuyant sans savoir où reposer ma tète , J'attendrai que la mort vienne avec la tempête.
( Apres lin silence. ) Sur le fer des soldats si' j'allais me jeter ?
igB CONRADIN.
Si de leur fer... Je sens mon trouble m'arréter. C'en est fait; mes terreurs signalent ma ruine. O monts de l'Idumée ! O champs de Palestine !
Vous avez vu mon bras délivrer les saints lieux ,
Et disputer la })alme.au roi chéri des cieux, A ce sage Louis que le monde révère , Et qu'à peine aujourd'hui j'ose nommer mon frère. Pourquoi, Ptolémaïs, me laissais-tu le jour, Quand les corps des chrétiens suspendus à ta tour Attestaient du Croissant l'implacable furie! O toi qui dans Massoure es mort pour ta patrie , Magnanime d'Artois, dont le nom répété Doit charmer quelque jour notre postérité , Combien je porte envie ù ta noble mémoire ! Heureux qui perd le jour au sein de la victoire! Mais, hélas! que du tien mon sort est différent! Tu triomphes, et moi je rougis en mourant. [Il se promène à grands pas. )