ACTE V, SCÈNE IV. ao
Conradin paraît seul se défendre pour tous. \ Eu vain de ses amis la prudence attentive L'appelle en ces vaisseaux disposés sur la rive : « Non, répond-il, le sort ne veut pas m'épargner; Eh bien ! je vais mourir où je devais régner. » Le nombre enfin l'emporte et trahit son courage. Le supplice s'apprête : une imparfaite image Offre à la multitude un échafaud dressé : Il y monte, à ce peuple autour de lui pressé Fait ses derniers adieux, jure son innocence, Et lui jette le gant, signe de la vengeance. Le peuple s'en saisit. Un murmure soudain Semblait dire : « Sauvez les jours de Com-adin ! » Procida tout à coup paraît avec sa fille. Au pied de l'échafaud s'élance... Le fer brille. Il a frappé... De sang Procida tout couvert Redemande le gage à la vengeance offert ; Il atteste à genoux le ciel témoin du crime 5 i8
2o6 CONRADIN.
De venger et son fils et son roi légitime. Trois fois de Conradin pressant le corps glacé. Il redit par trois fois le serment prononcé. O surprise! ô terreur! le peuple le répète; Il menace vos jours. Cherchez une retraite. N'est-il pas sous ces murs quelque noir souterrain Qui dérobe vos jours à leur fureur sans frein ? Laissez éteindre en eux la soif de la vengeance.
CHARLES
Si Procida respire, il n'est plus d'espérance. Que de ce Procida ne suis-je délivré !
ADIMAR.
Pour sa fille et pour lui d'avance préparé, Un vaisseau le transporte aux rives de Sicile. Mes yeux l'ont vu partir, léguant à cette ville Le soin de déposer celui qu'il nommait roi Au pieux monument dont fut privé Mainfroi. Avant qu'il ne revienne armé pour votre perte.