‹ uvres complètes de Millevoye (volume 2)Chapitre 19 sur 188 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Tu ne craignais donc pas que Bacchus , indigné , Fît crouler sur ton front ses voûtes solennelles, Ou déchaînât sur toi les Bacchantes cruelles ? C'est ainsi, Corésus, qu'implorant le pardon, Tu prétends adoucir les maux de Calydon ! Dieux! j'avais un ami, dont la sagesse austère Était l'amour du ciel, et l'orgueil de la terre ; Je l'ai perdu : pourquoi me l'aviez- vous donné ?

CORÉSUS.

Arcamène, à son tour, m'a-t-il abandonné?

A R C A M È If E.

A de tristes adieux ton forfait me condamne.

CORÉSUS.

Que dis-tu ?

ARCAMÈITE.

Dès demain , de ce séjour profane...

CORÉSUS.

Toi , me fuir, Arcamène ! Oh ! ne me quitte pas.

4o CORÉSUS.

Serre-moi sur ton cœur, presse-moi dans tes bras;

Et que puissent, forçant le ciel même à m'absoudre ,

Tes vertus m' entourer et détourner la foudre !

Promets-moi...

ARC AMÈNE

Je promets de te chérir toujours, De racheter ta vie aux dépens de mes jours... En vain de te quitter je formais la pensée; Entre deux sentiments mon ame balancée En vain à ce départ eût voulu consentir, Jamais sans Corésus je n'aurais pu partir.

COR Es us.

Le ciel ne veut donc point accabler un coupable, Puisqu'il me laisse encore un ami véritable. Digne ami ! que les dieux de l'Olympe habitants Aux respects des humains te conservent long-temps ! Sois long-temps des vertus l'irréprochable exemple, La gloire de nos murs et l'ornement du temple. [Il retombe dans sa rêverie.)

ACra II, SCÈNE I. 4i

ARCAMÈWE.

D'où vient que ton esprit encor préoccupé ?...

CORÉSUS.

Que dira cependant le peuple détrompé , En voyant mon rival percé du coup funeste Démentir par sa mort la parole céleste ? O fatale colère ! ô justice ! ô terreur ! Où fuir ? où me cacher, quand ce peuple en fureur , Dévoilant à la fois et mon crime et ma honte , Viendra du sang versé me redemander compte , Et venger dans le mien...

ARCAMKNE.

Non, cher Corésus, non; Tu vivras : je dirai qu'à l'abri de ton nom , De ce séjour divin prostituant l'enceinte , J'ai trahi mes devoirs et la vérité saintp.

Et tu crois qu'à ce prix , de la mort préservé...

4« CORÉSUS.

Ah ! ce dernier affront m'était-il réservé ! Je le vois, j'ai perdu jusqiies à ton estime : Je te l'avais bien dit.

ARCAMÈNE.

En m'offrant i)our victime, Qii'ai-je à perdre? Sans biens , sans pays , sans parents. J'abandonne au trépas des jours indifférents. Je vivais pour toi seul; toi seul charmais ma vie.

CORÉSUS.

Que la mienne déjà ne m'est-elle ravie ! Ne me dispute pas ce bonheur douloureux.

ARCAMÈNE.

Je meurs si tu péris.

CORÉSUS.

Tes jours sont trop heureux.

Affranchi des tourments où mon ame est livrée^ Tu peux voir du soleil la lumière sacrée; L'Euménide jamais ne te réveille au bruit

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