ACTE II, SCÈNE V. 5(j
Faut-il que je périsse et la laisse survivre ? Faut-il qu'à mon rival nioi-mi-aie je la livre? Ah ! de cette terreur je me sens accabler ; L'enfer n'a point de maux qui puissent l'égaler. Que faire cependant ? et rival et grand-prêtre , Quand des jours d'Agénor son amour me rend maître, Je crois voir devant moi la princesse en courroux; Mon cœur frémit, ma main n'ose frapper les cotips. Eh ! comment espérer que jamais une amante Accepte cette main de sang toute fumante ? Et de quel sang ! Non , non. Il n'y faut pas penser. Que seulement les dieux me daignent dispenser De tenir en ce jour le fer du sacrifice : Du reste , quel que soit le sang que l'on choisisse , Dixt la princesse même à l'oracle obéir , J'aime mieux la pleurer, ami, que la haïr. N'ai-je pas entendu quelque bruit?... Non; personne N'approche de ces lieux.... Et pourtant je frissonne.
6o CORESUS.
Agénor est toujours présent à mon regard... Et je sens de ma main s'échapper le poignard ! Serait-ce la vertu ? C'est le remords peut-être ? Un ascendant secret dont je ne suis plus maître Me force à l'épargner... Oui, ce nom de rival, Ce nom qui devrait seul hâter l'instant fatal , , Tient mon bras suspendu , tient mon ame incertaine.
ARCAMÈNE.
J'en rends grâces aux dieux. S'il se ferme à la haine, Ton cœur à la vertu va bientôt se rouvrir; Que la voix d'un ami parvienne à t'attendrir; Qu'il te retrouve, ainsi qu'en un temps plus prospère, Quand, d'un accent si doux, tu le nommais ton frèi'e; Et lorsque , libre encor de tes funestes nœuds , Entre le temple et lui tu partageais tes vœux. Puisque l'amitié sainte unit nos destinées, De tes jours consolés embellis nos journées ; Épargne-moi tes maux, il me sont trop amers.