‹ uvres complètes de Millevoye (volume 2)Chapitre 28 sur 188 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CORÉSUS, ARCAMÈNE.

CORÉSUS.

Mon déplorable sort s'accomplit tout entier. Agénor, de nos rois comme moi l'héritier, Eût brûlé d'accomplir l'auguste délivrance. Je me suis dérobé ma dernière espérance. Mais du moins, en mourant, sera-t-il informé Qu'il perd, avec le jour, ce qu'il a tant aimé!

ARCAMÈNÉ.

Agénor est vivant, il triomphe.

CORÉSUS.

O surprise !

ARCAMÈNE. '

Tu regrettais ses jours ; le sort te favorise. Son sang pour la princesse est tout prêt à couler.

58 ' CORÉSUS.

Serait-il vrai? pour elle il voudrait s'immoler! Elle vivrait, ô ciel! et pour moi réservée, Par mon propre lival me serait conservée ! Je ne sais que résoudre , et si je dois encor Redouter ou bénir le trépas d'Agénor.

Les promesses des dieux sont souvent des menacesi; Tu l'as vu : chaque fois qu'ils m'accordent leurs grâces. Le bienfait se transforme en châtiment affreux ; Comme pour me punir ils exaucent mes vœux. Les dévorants fléaux dont la ville est remplie , Grâce à moi répandus sur toute l'Étolie, Rempliront les mortels de douleur et d'effroi ; Et cependant les dieux auront tout fait pour moi ! Trop heureux Agénor ! tu peux mourir pour elle : Et dans ma jalousie implacable et cruelle, Je ne suis même plus le maître de mon sort; M'immoler ce serait subir cent fois la mort.

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