‹ uvres complètes de Millevoye (volume 2)Chapitre 34 sur 188 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

• Par quel charme inconnu conjure-t-il ma haine ? Ma haine devant lui n'ose se déclarer; Que dis-je ? sa vertu me force à l'admirer. Oh ! que ne voi$-je encor, comme en cette journée, Ta fureur contre moi tout entière tournée, Attestant les héros que ton bras a vaincus , Défier au combat le prêtre de Bacchus ! J'aimais à recevoir outrage pour outrage ; Ma rage en liberté répondait à ta rage ; Je ne te craignais pas. Tout a changé pour moi : J'éprouve à ton aspect un invincible effroi ; Mon cœur, qui vainement veut encor se contraindre. Te craint sans te haïr.

ACÉNOR.

Aime-moi sans me craindre, Corésus : Agénor ne te trahira pas.

CO RÉSUS.

Non : mais je t'ai trahi; mais je sais trop, héias!

es coRÉsus.

Qu'entre nous, c'en est fait, il n'est plus d'alliance! J'ai banni loin de toi la douce confiance ; Je me suis interdit le pardon des humains. Mes mains en te touchant profaneraient tes mains.

AGÉNO R.

Vaine erreur! Mais voici l'instant du sacrifice; Embrassons-nous , et frappe.

CO RKS W s.

A cet horrible office Je prêterais mon bras I Non, par tous les dieux, non ! Ah! déjà trop de sang aura souillé mon nom. Sans que le tien encor me poursuive sans cesse.

AGÉNOR

Cruel, préfères-tu celui de la princesse?

Le mien...

AGKNOR.

Le fer sacré dans tes mains fut remis. ■

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