‹ uvres complètes de Millevoye (volume 2)Chapitre 36 sur 188 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

CALLÏRRHOÉ, SUIVANTES,

CALLIRRHOÉ.

J E crois l€ voir encor ; j'entends encor sa voix : « Ma fille , disait-il , ô combien je te dois ! Par toi des immortels la bonté nous seconde ; C'est toi, c'est ta faveur qui me rappelle au monde.» Et pour cacher mes pleurs,baisant ses cheveux blancs, Je restais immobile entre ses bras tremblants. J'employais l'imposture , à ma bouche étrangère ; Pour la première fois , j'osai tromper mon père.

72 CORÉSUS.

Devais-je l'avertir d'un éternel départ ? Il le saura. N'importe : il le saura plus tard.

( A ses suivantes. ) Adieu , vous que j'aimais , à regret je vous quitte. Mais d'un devoir funeste il faut que je m'acquitte: Il ftiut mourir: mourir , hélas ! en quels moments! Quand le ciel l'cnd un père à mes emb^assements ; Quand le peuple , affranchi de l'hydre furieuse , Prépare d'Agénor la pompe glorieuse, Et, l'honorant d'un choix du roi même approuvé. L'appelle à gouverner l'état qu'il a sauvé ! Mourir! et, de mon sort plus cruelle misère! Sans connaître le nom d'épouse ni de mère!... Qu'une autre affecte un cœur qui ne sait pas frémir; Je meurs sans balancer, mais non pas sans gémir. Agénor! Oh! combien mon ame est déchirée ! Il n'est donc point sorti de l'enceinte sacrée ?

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