‹ uvres complètes de Millevoye (volume 2)Chapitre 6 sur 188 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Je jurai de punir leur projet téméraire. Je dérobai ma rage au sein du sanctuaire : Là, seul, durant la nuit, impie avec ferveur ^ J'implorais de Bacchus la funeste faveur. Attestant tour à tour le nom de son grand-prêtre, L'inviolable droit du sang qui me fit naître , L'assurance du roi , les vœux d'un peuple entier Qui du trône , long-temps , me nomma l'héritier , L'audace d'un refus qui m'insulte et me blesse. Et les dieux démentis dans leur sainte promesse. Mes vœux, pour mon malheur, furent trop entendus. Tous les maux des enfers sont ici répandus : Bacchus n'est plus le dieu des vendanges fleuries ; Son hymne , désormais , est le chant des furies ; La vengeance et la mort sont ses jeux les plus doux. En vain j'implore un terme à son mortel courroux; En vain , pour l'apaiser , ma voix se fait entendre : Affreux bienfaits, le dieu ne veut pas vous reprendre!

20 CORÉSUS.

Tu n'es plus étonné si par de noirs chemins

Je vais cacher mon trouble aux regards des humains:

De l'autel, sans terreur , jamais je ne m'approche,

Et pour moi chaque offrande est un sanglant reproche.

De quel front recevoir, à la face des cieux.

Ces pâles suppliants qui , la mort dans les yeux ,

Viendraient, à mes genoux prosternant leur misère,

D'avance m'appeler leur sauveur et leur père?

Moi, justes dieux!

ARCAMKNE.

Ton crime , il est vrai , fait horreur : Mais, hélas, tout mortel est sujet à l'erreur; Les dieux seuls ont gardé l'immuable sagesse. Prions Bacchus, calmotis sa fureur vengeresse: Que l'encens monte aux cieux avec ton repentir.

c o R É s u s~l Non. L'abyme est creusé, je n'en puis plus sortin

ARC AMÈNE

La vertu dans ton sein n'a pas éteint sa flamme.

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