ACTE I, SCENE II
Il m'en eût trop coûté de perdre ton estime , Ton amitié peut-être.
Injuste Coi'ésus!
Fusses-tu criminel, je t'en aimei-ais plus.
CORÉSUS.
Aime-moi ; je le suis. Apprends quel sort m'accable.
Calydon succombant sous un mal implacable ;
Ce peuple au seuil du temple en foule réuni ,
Et se jugeant coupable en se voyant puni ;
Les troupeaux infectés ; les champs au loin stériles ,
Privant de leurs tributs la disette des villes ;
Un monstre furieux qui dépeuple nos bords ;
Un monarque mourant qui règne sur des morts :
De tels maux sont affreux... Eh bien ! c'est mon auyrage.
. * Grands dieux !
CORÉSUS.
Par un forfait j'ai vengé mon outrage.
i8 CORESUS.
De la destruction contemple les horreurs , Et reconnais l'amour à ses noires fureurs. Issu du sang des rois, je fus , dès ma naissance , Marqué du sceau des dieux, pour la toute-puissance. Le roi de Calydon songeait à me laisser Un sceptre dont le poids commence à le lasser. Callirrhoé, sa fille, à mes voeux fut promise. D'abord aux lois d'un père elle parut soumise : Trop heureux , j'unissais dans mon cœur enflammé Au plaisir de l'aimer l'espoir d'en être aimé. Même au pied des autels j'emportais son image. D'un rival cependant elle acceptait l'hommage; Agénor... O fureur!... Pardonne à mes transports, Je perds ù ce nom seul jusques à mes remords. Indigne rejeton de la tige royale , Cet Agénor, objet de ma haine fatale.
Par on ne sait quel art devint en un instant L'amour d'un roi crédule et d'un peuple inconstant.