‹ uvres complètes de Millevoye (volume 2)Chapitre 61 sur 188 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

Aucun infortuné ne nous est étranger;

Si je sauve un proscrit , je puis l'être moi-même.

Dis, voudrais-tu qu'alors une prudence extrême

Me repoussât du seuil de l'hospitalité ?

Qui, dans ces jours de trouble et de calamité,

Ne doit offrir, tandis qu'il en est encor maître,

Des bienfaits que demain il recevra peut-être !

ERNAlNCE.

N'accusez pas mon cœur: il a trop bien appris . A plaindre , à déplorer le destin des proscrits. Mon père, il en fut un... Son image adorée Sera toujours présente à mon ame ulcérée ; Vous savez que de pleurs pour lui j'ai répandus ! Je l'attendis long-temps... mais je ne l'attends plus !

PROCIDA

S'il respirait encore , et si , de ville en ville Poursuivi, fugitif, il cherchait un asyle! 5 II

Si chacun lui disait : « Vous espérez en vaiu ; Une sévère loi me défend d'être humain ! »

ERNANCE.

Je sens trop la pitié que le malheur inspire; Mais la nature encore a sur moi plus d'empire. Pour Ernance vos jours sont le plus grand des biens.

PROCIDA

Mais , ma fille, il en est de plus chers que les miens.

ERNANCE.

Nonpas pour moi, mon père. Ah ! c'est vous seul que j'aime Mon cœur vous préférait à Conradin lui-même. Ce cœur, dites-le-moi, peut-il se partager Entre les jours d'un père et ceux d'un étranger. D'un soldat inconnu ?...

PROCIDA

Qui peut cesser de l'être.

Son nom n'est point vulgaire; il me l'a fait connaître. !|

ERNANCE.

Ce nom ?...

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