ACTE II, SCÈNE IL laS
PROC IDA
Tu le saurais sans ton excès d'effroi.
Tu l'apprendras de lui, ma fille, et non de moi.
ERN ANC E
D'une juste terreur pouvais-je me défendre ? Des fureurs d'un tyran vous devez tout attendre. Qui sait s'il n'a point fait, par un art ténébreux. Proclamer à dessein cet édit rigoureux , Afin de provoquer la désobéissance De ceux qui, comme vous , affrontent sa puissance? Mais ne pourrions-nous point par d'utiles secours Eloigner ce proscrit en veillant sur ses jours ? , Il est vers les remparts une route secrète , Et vos amis sauraient protéger sa retraite. A l'austère devoir nous aurions satisfait. Un bienfait sans péril est toujours un bienfait.
PROC IDA
Quoi ! ma tille , tu veux qu'il me fasse l'injure
D'aller chercher ailleurs une enceinte plus sûre; Qu'il dise: « Procida, timide, irrésolu, Aurait pu me sauver , il ne l'a pas voulu ! »
ERNANCE.
Je réponds de son sort si vous hâtez sa fuite. Mais de nos oppresseurs s'il attend la poursuite, C'en est fait; tout son sang coule dès aujourd'hui: Vous le perdez, seigneur, et vous-même avec lui. Si votre effort est grand, mes craintes sont plus grandes.
PROCIDA
Hélas ! si tu savais ce que tu me demandes !
ERNANCE.
O mon père, à genoux faut-il vous implorer ?'
PROCIDA
Sois satisfaite enfin : je vais te le livrer.
ERNANCE.
A quoi m'obligcz-vous?