HENRI DE CASTILLE
Ah ! pourquoi Conradin n'est-il point parmi nous ?
Ses regards et sa voix affermiraient nos coups.
Peut-être son aspect de cette multitude
Parviendrait à fixer l'aveugle inquiétude :
Rien peut-il en effet égaler , dites-moi ,
Les transports d'un bon peuple au retour d'un bon roi ?
Conrad, Elisabeth, dès sa plus tendre enfance
M'avaient d'un fils" aimé confié la défense.
Long-temps sans le revoir j'ai combattu pour lui :
Dte ses traits loin de moi le souvenir a fui ,
Et mes yeux vainement les voudraient reconnaître ;
Mais je me ressouviens qu'il esttoujoursmon maître.
De ses nobles malheurs je le vois couronné,
Et jamais dans mon cœur il ne fut détrôné.
S'il n'est plus, Conradin se survit dans sa gloire : Sur vous comme sur moi régne encor sa mémoire. Armons pour elle; armons pour un prince chéri : Nous ne souffrirons pas que son nom soit flétri ; Et nos bras , élevant un aulel à sa cendre , Sauront mieux le venger qu'ils n'ont su le défendre.
RAYMONB.
Il faut faire encor plus. C'est peu de le venger ;
On insulte son ombre , il la faut protéger.
Ne laissons point au peuple une fâcheuse image;
Démentons l'imposture, et prévenons l'outrage.
Ne ci'oyons pas ici prodiguer nos efforts
Pour un fantôme vain errant parmi les morts :
De Conradin vivant croyons servir la cause ;
Croyons qu'en souverain de nos bras il dispose,
Qu'il nous voit, nous entend , et combat avec nous.
Comme s'il existait, jurons , jurons-lui tous
De vivre, de mourir , pour ses droits qu'on opprime,