FIN DU SIXIKME ET DERNIER CHANT
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On avait vu le puissant Charlemagne Planter sa lance aux rives de l'Ister, Et des forêts de l'antique Allemagne Fouler aux pieds l'informe Jupiter,
Tandis que Charlemagne était occupé de la guerre de Lombardie , les Saxons tentaient de nouvelles inciu-sions sur les terres françaises : mais sa rapide vigilance ne se trouva jamais en défaut ; il passait du milieu de l'Italie au fond de la Saxe , triomphait, et revolait en Italie. « Personne, dit Montesquieu , n'eut à un plus haut degré l'art de faire les plus grandes choses avec facilité , et les
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difficiles avec promptitude... Les affaires renaissaient de toutes parts; il les finissait de toutes parts. »
Charlemagne , provoqué sans cesse par les Saxons, voulut achever enfin cette guerre qui avait commencé avec la monarchie française. II pénétra dans la Germanie , s'empara dé la forteresse d'Eresbourg , et livra aux flammes l'idole et le temple d'Irmensul , encore teints du sang des victimes humaines. La prise d'une forteresse que les Saxons jugeaient imprenable, la destruction d'un dieu impuissant à les sauver et à se défendre lui-même , entamèrent par la terreur l'ouvrage de leur conversion ; et les convertir , c'était les vaincre.
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Du fier Theudon les forces déployées N'ont pu lutter contre le coup fatal.
Avec Tlieudon tomba la puissance des Huns. Les Saxons , enhardis par la défaite de quelques
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lieutenants de Charlemagne , aux environs du mont Sintal , expièrent bientôt leur faible avantage.
Les conquêtes de Charlemagne avaient reculé les bornes de son empire, et l'obligeaient à se former une capitale entre la France et la Germanie. Il l'établit à Aix.
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Du noble Haroun le visir magnanime , Ce GiafTar , sa future victime , A.U roi suprême a présenté l'anneau , Gage sacré d'alliance et d'estime....
Aaron ou Haroim Raschild , fils de Mahadi , et calife de la race des Abassid.es , était nommé par les Français le Charlemagne de la Perse , tandis que les Persans appelaient Charlemagne le Raschild de la France. Ces deux princes , qui ne se virent jamais , avaient conçu l'un pour l'autre la plus sincère affection. En effet , leurs âmes étaient
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dignes de s'entendre. Le calife fit présent au monarque , du premier éléphant , du premier orgue , et de la première horloge de verre qui eussent paru en France : il lui envoya aussi son anneau.
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Pour rassurer ses droits mal affermis ,
De l'Orient l'autre Sémiramis
Lui fait offrir sa main sanglante encore;
Et , des états où se lève l'aurore
Le suppliant d'accepter la moitié ,
Maître nouveau, le jeune Nicéphore
Veut acheter sa puissante amitié.
L'Empire d'Occident , qui achevait de se renouveler , fit trembler Irène sur son trône. Elle proposa sa main à Charlemagne , et lui apportait en dot l'Empire d'Orient. Nicéphore , qui du rang de simple chanceUer était monté jusqu'à l'Empire, voulut à son tour céder au monarque la moitié de
ses états pour s'assurer la possession tranquille de l'autre moitié. Comme Irène , il n'obtint que des refus. La pompe orientale qu'étalaient ses ambassadeurs n'éblouit point Charlemagne , qui ne voulut pas que l'Occident cédât en splendeur à l'Orient.
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Il a revu chez le prince lombard Le noble Ogier, l'ami de sa jeunesse.
Qui , n'écoutant qu'une aveugle tendresse , Des paladins a quitté l'étendard.
Cette circonstance est historique. Ogier, s'étant retiré de la cour de France , se réfugia chez Didier , roi des Lombards.
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Dès que le soir élève ses vapeurs, La belle Fée en sa grotte profonde Cherche un asyle, et des sylphes trompeurs
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Y réunit la foule vagabonde.
M. BaourrLonnian , qui , dans ses Veillées Poétiques et Morales, a su faire habilement constraster les couleurs les plus opposées , a répandu sur le tableau des sylphes tout le charme de son talent. Je vais transcrire ce brillant passage : citer de pareils vers , c'est faire plus que les louer.
Dans la coupe d'un lis tout le jour enfermés , Et le soir s'échappant par groupes embauuiés , Aux rayons de la lune ils viennent en cadence Sur l'émail des gazons entrelacer leur danse ; Et de leurs blonds cheveux dégagés de liens Les zéphyrs font rouler les flots aériens. O surprise ! bientôt dans la forêt antique S'élève , se prolonge un palais fantastique , Immense, et rayonnant de l'éclat le plus pur. Tout le peuple lutin, sur ses parvis d'azur, Vient déposer des luths', des roses pour trophées , Vient marier ses pas aux pas brillants des Fées , Et boire un doux nectar qui pétille dans l'or ,
Jusqu'à l'heure où du jour l'éclat douteux encor, Dissipant cette foule inconstante et folâtre, La ramène captive eu sa prison d'albâtre.
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Au sein des murs il pénètre... et les portes , Tout aussitôt se fermant sur ses pas, Le livrent seul aux nombreuses cohortes.
C'est ainsi que le comte d'Artois , frère de saint Louis , se précipita dans Massoure , où il périt , victime de son ardeur héroïque.
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Est-ce le chant des magiques Orphées?
Est-ce ta lyre, immortel Obéron?
Non. Brise-toi, luth impuissant des Fées! C'est un mortel. Arioste est son nom.
Je me suis plu à rendre hommage au rare génie de l'Arioste , en le faisant annoncer à Charlemagne
comme le chantre futur de son neveu Roland. J'ai sur - tout évité soigneusement ( et c'est encore un hommage ) de remettre en scène les héros de cet admirable poème , qui n'eut point de modèle , et qui ne doit point avoir de copie.
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Didier vivra : les jours de votre père Par vous sauvés lui paraîtront plus doux.
Cet acte de clémence est historique. Didier, qui, à l'instigation d'Adalgise, avait tenté uue nouvelle révolte , en fut absous par son vainqueur.
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Pour le héros un brillant carrousel A préparé ses défis et ses joutes.
Madame de Genlis , dans les notes de ses Chevaliers du Cygne, observe avec raison qu'il n'est point parlé de tournois dans l'histoire avant le
règne de Charles-le-Chauve. Elle n'a cependant point hésité à ks reproduire dans son roman , et ils y répandent un charme de plus. J'ai cru pouvoir , à son exemple , avancer l'époque de cette institution brillante. Ce n'est pas l'unique inspiration que je doive à son intéressant ouvrage.
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Berthe jadis vécut pour les douleurs.
Berthe , mère de Charlemagne , a souvent exercé la plume des romanciers. L'épisode que j'ai introiduit dans mon poëme est tiré d'un roman en vers , d'Adenès , ancien troubadour.
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Depuis ce jour, Pépin dans la douleur....
C'est ce même^Pepinadont le tombeau ne portait pour inscription que ces mots: Ci gît le père de Charlemagne.
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L'or d'un nuage enveloppait l'autel, Quand descendit l'ange du sacrifice Qui transforma dans le pieux calice Le vin mystique en un sang immortel.
J'aurais développé davantage cette description , si le même sujet n'eût inspiré à un grand talent des vers dont Racine se fût honoré , et que La Harpe place au rang des plus beaux de la langue française. Ils sont trop connus pour que je les cite.
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On entendit ce chant religieux, Dont un pontife enrichit l'Ausonie , Et dont jadis la sévère harmonie.
Sous Périclès éclatait pour les dieux.
Il s'agit ici du chant que la Grèce avait consacré aux fêtes de Cérès-Eleusine , et qui fut in-
troduit dans nos cérémonies religieuses par le pape Grégoire , d'où il prit le nom de grégorien.
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.... - Ce chancelier fidèle ,
Cet Archambaut dont l'œil rapide et sûr Perce des lois le labyrinthe obscur.
Archambaut , légiste et chancelier , jouissait de toute la confiance de son maître ; il avait , dit-on , travaillé aux Capitulaires.
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Cet Adélard, des sages le modèle...
Adélard , Théodulfe , Hilduin , et Alcuin , qui voulaient faire de la France une Athènes chrétienne , furent les principaux coopérateurs de la renaissance des lettres. On sait que Charlemagne avait formé une académie. Les académiciens de ce siècle d'ignorance se distribuaient entre eux les noms célèbres des génies de l'antiquité : ainsi , I 17
Angilbert s'appelait Homère ; Théodulfe, Pindare; Alcuin , Horace ; etc. On a quelquefois attribué à Charlemagne la fondation de l'université.
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Cet Albion , dont les sanglants exploits Furent lavés dans les eaux du baptême...
Albion , lieutenant de Vitikind , finit comme lui par se rendre, et vint dans Attigny pour recevoir le baptême.
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Ce jeune Ecbert qui, déchu de ses droits, De loin s'essaie au poids du diadème , Et , s'instruisant sous un maître qu'il aime , Baise à genoux la main qui fait les rois.
Un des plus grands rois de l'Angleterre , et qui devait un jour en être le seul roi , Ecbert , chassé pour un temps de son pays par la persécution , trouva un asyle dans la cour du roi de France ,
et , apprenant de lui 'à réunir des Etats , y médita et y mûrit le grand projet de l'extinction de l'heptarchie ; il accompagna Charlemagne au voyage de Rome. — Lorsqu'il partit pour réunir l'Angleterre sous ses lois , Charlemagne , en l'embrassant , lui fît présent de son épée : « Elle a vaincu mes « ennemis , dit -il ; j'espère qu'elle aura la même « vertu contre les vôtres. — Elle n'est plus dans « la même main , répondit Ecbert , mais votre dis- « ciple tâchera de suivre les leçons et les exemples « d'un tel maître. »
(M. GAiLiiRD, Hist. de Charlemagne.)
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Déjà la voix des timides vassales Cliante en ces mots la Chanson d'Olivier, Au faible son des légères cymbales.
Charlemagne avait recueilli un gr^nd nombre de chants militaires. Les plus connus sont ceux dont Olivier et Roland étaient les héros. On les
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chantait à la tête des armées , et ils conduisaient à la victoire. Il nous en est resté des fragments dont la naïveté , quelquefois énergique , est plus souvent triviale. J'ai conservé quelques traits de ces anciennes ébauches**
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Un cri s'élève : « Honneur aux fils des preux ! »
Cette formule d'acclamation était usitée dans les tournois.
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Des surveillants dont la voix assidue , Des vastes cours traversant l'étendue , Va mesurant les heures de la nuit.
Les horloges sonnantes ne furent connues que vers le milieu du quatorzième siècle. Avant cette époque , des hommes étaient chargés de crier les heures pendant la nuit.
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En vain la pourpre, ornement des Césars, Est préparée au vainqueur des Lombards ; En vain les murs de la ville éternelle Ont vu flotter les sacrés étendards...
La prise de Pavie , dit M. Gaillard , dans son estimable histoire de Charlemagne, mettait sous l'Empire de Charlemagne le royaume des Lombards et lui ouvrait les portes de toute l'Italie. Les grands , les magistrats , toute la jeunesse romaine allèrent au-devant de lui ; les ims portant des étendards , marques de leurs dignités , les autres en habits de fête , couronnés de fleurs , tenant des palmes dans leurs mains , tous chantant des hymnes d'allégresse, rendant grâces à leur libérateur , célébrant ses victoires , et s'écriant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur I » On déploya devant lui les bannières de l'Exarque; on porta les croix qu'on ne portait que devant ce ma-
gistrat ou devant les patrices. A cette reconnaissance non équivoque de sa souveraineté , Charles descendit de cheval et suivit à pied les bannières sacrées jusqu'à l'église Saint-Pierre. Il y entra aux acclamations de tout le peuple.
POiÈME EN QUATRE. CHANTS.
AVERTISSEMITNT.
iVliiiTON , dans une dissertation littéraire , désigne pour sujet d'un poëme héroïque les aventures d'Alfred, qui, ajoute-t-il, ne sont pas moins intéressantes que celles d'Ulysse. Si , comme le chantre d'Ulysse et d'Hector, Milton avait pu enfanter deux chefs-d'œuvre , sans doute il eût fait mieux que d'indiquer un sujet remarquable, il l'eût traité.
Mais ce qui doit sur-tout nous étonner, c'est que Shakespear , ce peintre énergique des royales infortunes , c'est que Pope , ce traducteur célèbre de la plus belle des épo-
pées , n'aient pas confié , l'un à la tragédie , l'autre à la muse héroïque , le soin de reproduire le grand nom d'Alfred et son histoire merveilleuse.
Quel personnage plus éminemment poétique, en effet, qu'un monarque, fondateur et guerrier, poète et législateur, qui joint à tant de sortes d'intérêt, l'intérêt plus grand qu'inspire un malheur non mérité? Les poètes et les romanciers ont-ils rien inventé de plus généreux que le caractère , de plus attachant que les aventures de cet Alfred, qui, accablé sous le nombre après d'éclatantes victoires , abandonné de son peuple dont il est chéri, suspend sa couronne aux rameaux d'un chêne, se réfugie dans une cabane, et, simple pâtre, songe, en conduisant un troupeau, qu'il
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doit encore gouverner un peuple ; qui , au signal de l'amitié, passe sous le déguisement d'un chanteur dans le camp des farouches Danois , observe leurs positions , profite de leur désordre, et, un luth en main , s'apprête à reconquérir ses états ?
Au charme d'un sujet si noble , si dramatique , si complet , se rattachent les scènes d'une nature primitive, les tableaux contrastés de mœurs sauvages et de mœurs plus adoucies , des soins champêtres et des travaux guerriers , de l'audace ignorante et sans frein et de la valeur disciplinée : et , au milieu de ces images tour-à-tour gracieuses et sombres, imposantes et terribles, domine le caractère magnanime d'un héros à qui les victoires inême n'ont pu faire aimer la guerre, d'un roi dont la gloire est
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pure et consolante, et dont un historien, qui ne prodiguait pas la louange, disait : « Je ne sais s'il y a jamais eu sur la terre un homme plus digne des respects de la postérité qu'Alfred-le-Grand.... L'histoire, qui d'ailleurs ne lui reproche ni défaut, ni faiblesse , le met au premier rang des héros utiles au genre humain.... »
Je me garderai bien de donner ici , à propos de mon poème, une de ces poétiques où les préceptes de l'art sont adroitement détournés par l'auteur au profit de l'ouvrage. Il me paraît peu convenable d'offrir au public des préceptes , quand on attend de lui des leçons.
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