‹ uvres complètes de Millevoye (volume 4)Chapitre 12 sur 100 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

L'ombrage épais, disparu sans retour.

La jeune amante , à qui ce lieu retrace Le souvenir de l'amant trop aimé , Cherche de l'œil l'asile accoutumé , Ne le voit plus , se tait, soupire, et passe. Malheur à toi , destructeur inhumain !

D'im dieu vengeur sur toi pèse la main. II est un dieu qui préside aux campagnes , Dieu des coteaux, des bois et des vergers; * Il règne assis sur les hautes montagnes. Et ne reçoit que les vœux des bergers , Que les présents de leurs douces compagnes. A son signal, d'aimables messagers.

Prenant l'essor, vont couvrir de leurs ailes La fleur naissante ou la tige nouvelle. A la clarté des célestes flambeaux , Il veille au loin. Familles des oiseaux , * Il recommande aux brises du bocage 4 9

De balancer vos paisibles berceaux , Bans la fraîcheur du mobile feuillage.

Il ne veut pas que le froid aquilon Avant le temps jaunisse les fougères ; Il ne veut pas que les lis du vallon Tombent foulés sous le pied des bergères. Ce même dieu doit te punir un jour : ^ Il remettra sa vengeance à l'Amour ; Et le zéphyr, exilé du feuillage, De la beauté dont ton cœur a fait choix Emportera la promesse volage , Comme son souffle emportait autrefois La feuille errante au sein profond des bois Dont ta fureur a profané l'ombrage.

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