‹ uvres complètes de Millevoye (volume 4)Chapitre 39 sur 100 · LIVRE II. i5i · texte numérisé non relu

LIVRE II. i5i

Laissez , laissez du inoins vos Nymplies attendries Aux fidèles échos redire quelque jour Votre Mélésigène exilé sans retour.

Et vous, dont je n'obtins pour ombrager ma tète Qu'un stérile laurier, jouet de la tempête. Muses, filles du ciel! recevez mes adieux. Je ne chanterai plus les héros , ni les Dieux , Ni les tours d'Uion par les Grecs menacées ; Ni l'épouse d'Hector devant les portes Scées; Ni d'Achille outragé l'inflexible repos ; Ni le fils de Laërte au loin battu des flots. Déjà ma voix ressemble à la voix monotone De la faible cigale aux premiers jours d'automne; Déjà cessent pour moi les sons mélodieux : Muses , filles du ciel ! recevez mes adieux. »

Homère ainsi chantait , quand le dieu de la lyre Fit entendre ces mots au fond du sombre empire :

i52 ELEGIES.

« O Parques, arrêtez! L'arbitre souverain Ravit les jours d'Homère à vos ciseaux d'airain. » Il dit, et l'enleva dans le sein du nuage; Et l'enfant de Samos resta seul sur la plage. Les Sirènes , dit-on , ces Muses de la mer , Recueillirent le chantre aime de Jupiter; Et quand , la lyre en main , belles A.chéloïdes * , Il charme de sa voix vos demeures humides , Le nocher se dérobe à vos enchantements ; Thétis même, du fond des gouffres écumants , L'écoute ; et , célébré par le divin Homère , Le nom d'Achille encor fait soupirer sa mère.

* Les Sirènes étaient filles du fleuve Achéloiis.

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