‹ uvres complètes de Millevoye (volume 4)Chapitre 38 sur 100 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

De tes saules nombreux que les souples rameaux Ne suffisent qu'à peine à tresser les corbeilles Qui rompent sous le poids des vendanges vermeilles! Et moi, je reviendrai sous ces toits éclatants, Ainsi que l'hirondelle au souffle du printemps , Saluer de nouveau tes sonores portiques , Et consacrer un hymne à tes dieux domestiques. »

« — Étranger, dit Ly eus, porte ailleurs tes accords : Fais entendre ton hymne au sombre dieu des morts; Il t'attend. Aussi bien ta plainte m'importune ; J'eus toujours en horreur l'aspect de l'infortune. » Triste , le cœur navré , le sublime vieillard Au ciel qu'il ne voit plus lève encor son regard; Il sort; mais près du seuil un instant il s'arrête: « Que mes maux, ô Lycus! retombent sur ta tète ! Puissent les immortels, justement irrités. Borner enfin le cours de tes prospérités !

i5o ÉLÉGIES.

Puisse ta dernière heure amener à ta porte

D'héritiers à l'œil sec un avide cohorte

Qui, dévorant tes biens, semble te reprocher

L'obole que la mort paie au fatal nocher !

Toi , ville sans pitié , sourde aux chants du poète ,

Que pour tes murs ingrats la lyre soit muette !

Et qu'elle-même un jour la sévère Junon

Abandonne à l'oubli ta poussière sans nom ! »

Aussitôt de l'enfant la main compatissante

Le guida vers les bords de la mer blanchissante;

Et, sur la grève assis, le vieillard en ces mots

Chanta son dernier chant, aubruit mourant des flots:

« O fleuve paternel ! beau Mélès ! doux rivage Où Chritéis , ma mère , éleva mon jeune âge , Quand Jupiter encor permettait à mes yeux De voir les traits de l'homme et la clarté des cieux ! Frais vallons ! bois sacrés ! verdoyantes prairies !

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