‹ uvres complètes de Millevoye (volume 4)Chapitre 59 sur 100 · LIVRE III. i · texte numérisé non relu

LIVRE III. i

Rappelle-moi ce jour de trouble et de douleur Où l'altier Philistin trompa notre valeur; Où, dérobée aux vœux de la sainte vallée, Du dieu des nations l'arche fut exilée ; Jour fatal , où Saùl , en son farouche ennui , Vit l'esprit du Très-Haut se retirer de lui.

Il alla consulter l'horrible Pythonisse.

Évoqué du tombeau par un noir maléfice,

Samuel apparut, et de la même voix

Qui siu' leur ti'ône assis faisait pâlir les rois :

'• Tremble, tremble, ô Saiil ! ton dernier jour se lève;

Le glaive doit frapper qui régna par lo glaive.

Dieu s'indigne du meurtre et de la trahison :

Malheur à toi! malheur à toute ta maison! »

Tandis qu'épouvanté de la voix du prophète, A l'exil, à la mort il dévouait ma tête,

ï86 CHANTS ÉLEGIAQUES.

Ce dieu qui sur le Nil, de son bras paternel , Protégea le berceau du fils de Jocabel , Ce dieu qui, m'inspirant une audace intrépide, Fit tomber Goliath sous ma fronde rapide, Daignait me réserver pour ses vastes desseins , Et détournait de moi le fer des assassins.

Mais Saiil , même injuste, était encor mon père. Souvent avec sa fille , épouse aimable et chère , J'allais me prosterner au tombeau de Rachel. Le chêne du Thabor et les monts de Bethel M'entendirent souvent, durant la nuit entière , Élever jusqu'aux cieux ma fervente prière ; Hélas ! et le soleil au milieu de son cours Me retrouvait encore , et je priais toujours.

Cependant je partis, et, d'une marche lente. Traversai de Pharan l'immensité brûlante.

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