LIVRE III
Ephraïm et Silo , Séir et Bethzamé.
Tantôt pâle, abattu, par la soif consumé, Je me traînais , la nuit , sur des sables stériles , Aux tigres du désert disputant leurs asiles; Tantôt , assis au bord des torrents irrités , Je comparais ma vie à leurs flots agités.
Oh ! que n'ai-je perdu la lumière céleste. Avant que Jonathas , percé du coup funeste , Tombât comme la palme atteinte dans sa £610*! Jonathas , seul ami qui fut selon mon cœur! Des vierges d'Israël ta mort flétrit les charmes ; La maison de Saiil est la maison des larmes ; Et moi, comme Rachel , traînant au loin mes pas, J'ai dit : ils ne sont plus, ne me consolez pas.
Peuple, cher à mon cœur,qu'unlong regret consume, De vos honneurs cruels épargnez l'anierturae.
Il est d'autres devoirs: que dans tout Israël
Par des gémissements, par un deuil solennel,
La désolation soit neuf jours signalée,
Et durant ces neuf jours l'arche sainte voilée.
Vos princes ont vécu, venez , et, l'œil en pleurs,
A leur tombe récente apportons nos douleurs.
De ta couronne auguste Israël me décore, O Saûl! de ton sang elle est fumante encore. A ton fils étaient dus ce sceptre et ce bandeau ; Mais il n'est plus de rois dans la nuit du tombeau. Héritage fatal ! douloureux diadème Qu'autrefois dans Rama Dieu me légua lui-même ! Fallait-il que David te payât d'un tel prix?... Que n'habité-je encor la terre des proscrits!
Campagnes d'Israël ! terre délicieuse ,
Des regards du Seigneur si long temps orgueilleuse !