LIVRE III. 2o
LA CxAZELLE.
JL)u beau chasseur amante désolée , Zora plaintive , aux rivages persans , Errait un soir, et ses tristes accents Retentissaient du mont à la vallée.
Sous les rameaux d'un cèdre verdoyant, Elle aperçoit la Gazelle tremblante Qui se débat sur la terre sanglante.
Et lève encor ses yeux vers l'Orient.
Zora soupire : « Hélas ! hélas*! dit-elle , Toutes les deux aurions-nous même sort?
Du beau chasseur le trait donne la mort, Et comme moi, tu meurs, blanche Gazelle!
2o4 CHANTS ÉLÉGIAQUES.
Un jour, timide et le front suppliant, ,11 vint, et dit : « Zora, ma bien-aimée, Tes yeux sont doux ; ton haleine embaumée A la fraîcheur des brises d'Orient. «
Je l'écoutai : mon ame toute entière S'abandoimait à ses trompeurs accents.
Je le suivis sous l'arbre de l'encens, Et je sentis se fermer ma paupière.
Le lendemain, le cruel m'oubliant Portait ailleurs ses promesses volages; Le jour d'après il déserta nos plages, Et pour l'Europe il quitta l'Orient.
J'adoucirai le mal qui te dévore, Jeune Gazelle! Aux plaines d'Ispahan Les végétaux, richesse du Persan, Pour te guérir s'empresseront d'éclore.