LE PAUVRE NEGRE
Jtl A V 1 naguère aux côtes de Guinée , Le pauvre Nègre, accablé de ses maux, Pleurait un jour sa triste destinée , Et de soupirs accompagnait ces mots :
« Qu'ai-je donc fait au dieu de la nature, Pour qu'il m'impose esclavage et douleiu- ? Ne suis-je pas aussi sa créature?
Est-ce forfait que ma noire couleur?
« Comme le blanc , dont la rigueur m'oppresse , N'étais-je pas formé pour le bonheur?
J'aimais Nelzi; seule, elle eut ma tendresse.
Et son regard faisait battre mon cœur.
Heureux époux, j'allais devenir père.
O cher enfant, gage de notre amour, Respires-tu pour consoler ta mère ?
As-tu péri sans connaître le jour ?
« Je ne pourrai te bercer dans ta couche, Enfant aimé, que n'ont point vu mes yeuxi Wi te sourire , en pressant sur ta bouche De l'oranger les fruits délicieux; Ni l'enseigner, dès ta robuste enfance, L'art d'assoupir un serpent venimeux.
Ou de surprendre un lion sans défense, Ou de plonger sous les flots écumeux !
« Oh ! jamais plus je ne verrai l'ombrage Des bananiers que je plantais pour toi; Ni l'antre sombre où, par un jour d'orage,