‹ uvres complètes de Millevoye (volume 4)Chapitre 78 sur 100 · DEUXIÈME VERSION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME VERSION

De la dépouille de nos bois L'automne avait jonclié la terre ; £t sur la branche solitaire

aao NOTES.

Le rossignol était sans voix.

Mourant à la fleur de son âge ,

Un jeune habitant du vallon

Parcourait un jour le bocage

Où sifflait le triste aquilon :

« Donx bocage ! adieu... je succombe.

Tu m'avertis de mon destin ;

De ma mort la feuille qui tombe

Est le présage trop certain.

Fatal oracle d'Épidaure,

Tu l'as dit : « Les feuilles des bois

« A ses yeux jauniront encore;

« Et c'est pour la dernière fois.

« Rien de sa languissante vie

« Ne peut ranimer le flambeau;

« Sa jeunesse sera flétrie

« Avant l'herbe de la prairie,

« Avant le pampre du coteau. »

Et je meurs ! de sa froide haleine

Le vent funeste m'a touché ;

Mon printemps commençait à peine.

Et mon hiver s'est approclui.

NOTES. aai

Tombez , tombez , feuilles légères , Et pour la plus tendre «les mères Couvrez quelque temps ce chemin ; Qu'elle ne puisse reconnaître Le funèbre asile où peut-être Son fils reposera demain.

Mais si, d'un long crêpe voilée.

Mon amante dans la vallée

Venait pleurer quand le jour fuit.

Éveillez par un faible brait

Mon ombre un instant consolée. »

Et le lendemain, vers la nuit.

Son ame s'était exhalée. v

Sa mère ( peu de temps , hélas ! )

Vint tous les soirs dans la vallée

Visiter la tombe isolée;

Et son amante ne vint pas *.

* L'auteur affectionnait beaucoup cette version , et il avait même dit dans une note , que ce dernier vers renfermait tout ce qn'il y avait de plus élégiaque dans toute la pièce ; mais , d'après l'avis d'un critique très-éclairé , il retoucha cette élégie , et la publia dans une édition nouvelle avec les changements que porte la troisième version.

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