‹ uvres complètes de Millevoye (volume 4)Chapitre 88 sur 100 · FIN DES NOTES · texte numérisé non relu

FIN DES NOTES

La ballade , telle qu'on la chante encore dans les montagnes d'Ecosse , n'a , comme l'on sait , aucnn rapport avec les ballades que Ma.TOtJlt Jleurir.

Cette sorte de composition , si connue des peuples da Nord , semble parmi nous tout-à-fait abandonnée ; on la retrouve à peine dans un petit nombre de nos anciennes romances. Pourquoi ne pas tenter de rajeunir quelques genres vieillis , quand ils ont de la grâce et du charme ? Sommes-nous trop riches , et trop variés ?

LA FIANCEE.

JLje soir brunissait la clairière; L'oiseau se taisait dans les bois ; Et la cloche de la prière Tintait pour la dernière fois.

Au sein de la forêt obscure.

Seul et perdu loin du sentier, J'errais encore à l'aventure , N'entendant plus dans la nature Que le pas de mon destrier.

aSo BALLADES.

Quand soudain s'offrit à ma vue Une bergère du coteau :

« Quelle est, lui dis-je, l'avenue Qui peut ramener au château ?

— Suivez le long de la fougère, A la gauche du coudrier. »

Elle était jeune , la bergère :

Sa voix était douce et légère ; Et j'arrêtai mon destrier.

« Mais toi, pastourelle, à cette heure Où vas-tu ? Le ciel est si noir !

Reste un moment; vers ta demeure Je te reconduirai ce soir.

A mes côtés , viens prendre place Sous la feuille du coudrier.

Qu'auprès de toi je me délasse,

BALLADES. a5i

Et qu'à ses rameaux j'entrelace Les rênes de mon destrier.

— Oh ! non pas , je suis fiancée :

Dans huit jours Roch m'épousera. »

Et sa main dans ma main pressée Tout doucement se retira.

« Pauvre Lise ! poursuivit-elle.

— Je veux, lui dis-je, me prier Aux noces de la pastourelle :

Et diriger vers la chapelle

La course de mon destrier.

— Venez , repartit la bergère ;

Mais vous me plaindrez. — Et pourquoi ?

— J'avais un tendre ami... Son père Lui défend de songer à moi.

De tes jours , triste pastourelle ,

a52 BALLADES.

Que ce jour n'est-il le dernier ! »

Je plaignis sa peine cruelle , Et pensif je m'éloignai d'elle, Ralentissant mon destrier.

Au chaste rendez-vous fidèle ,

Je revins le huitième jour ,

Portant à l'épouse nouvelle

La croix d'or, présent du retour.

« Où trouver Lise la bergère ?

Dis-je à l'hermite hospitalier.

— Pas bien loin. — Où donc? — Sous la terre

Que foule votre destrier. »

BALLADES. a53

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