LE FESTIN DE LA CHATELAINE
« Jl A T R E , dis-moi qui réside en l'enceinte De ce manoir dont si haute est la tour ? » Parlait ainsi venant de Terre-Sainte Le bel Yvain, chevalier troubadour.
« Est ce manoir à sire de Ravenne ; Bien vous échoit, dit le pâtre en riant, Car au châtel n'est que la châtelaine; Le châtelain voyage en Orient. »
Yvain répond : « N'ai qu'Hermose en idée. Foi fut promise , et foi sera gardée : Belle à miracle aurait de moi souci.
Que, refusant, lui dirais : Grand merci.
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Cor va sonnant ; haut pont-levis s'abaisse : Yvain d'abord , introduit par le nain , Présenté fut à la belle maîtresse.
« — Hermose ! ô Ciel ! — Yvain ! mon cher Yvain !. De ton trépas nouvelle trop certaine Conclut hymen qui pour moi fut tourment; Mais, doux ami, du sire de Ravenne Femme ne suis que de nom seulement.
A ton penser fidèle suis restée :
Vierge candide étais quand m'as quittée ; Ciel m'est témoin que suis encore ainsi. » Pour lors Yvain s'écria : grand merci !
Heure s'écoule , et festin se dispose ; Pompeux était comme festin royal.
Sur siège d'or, établi près d'Hermose, D'amour brûlait désireux commensal.
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« Temps n'est venu , dit tendrement la dame : Dès que beffroi va teinter Jngelus , A toi serai, chère ame de mon ame, A toi serai ; ne m'en défendrai pins.
Veux boire avant coupe dont le breuvage Prévient remord, et tristesse soulage... » Yvain répond : « J'entends... Vais boire aussi, Vais boire à toi ; me diras : Grand merci I »
Et, de ses mains prenant coupe odorante, Comme elle Yvain but vermeille liqueur; Puis noir brouillard couvrit sa vue errante , Puis tout à coup froid passa dans son cœur. De son Hermose ainsi défaillait l'ame ; Elle sourit , et dit non sans effort : « T'avisais bien , Yvain , que tel dictame Calmait douleur , et prévenait remord.
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A mon époux, à toi mourrai fidèle. »
Chaste baiser lors est donné par elle ; Fut le premier, fut le dernier aussi.
Mort leur advint et dirent : Grand merci !