LA FEUILLE DU CHENE
JAeposons-nous sous la feuille du chêne.
Je vous dirai l'histoire qu'autrefois ,
En revenant de la cité prochaine ,
Mon père, un soir, me conta dans les bois:
( O mes amis, que Dieu vous garde un père !
Le mien n'est plus.) — De la terre étrangère,
* Cette ayentare rappelle un conte ancien , sur les grues quifirent reconnaître le meurtrier du poète Ibycus.
Seul dans la nuit, et pâle de frayeur, S'en revenait un riche voyageur.
Reposons-nous sous la feuille du chêne.
Un meurtrier sort du taillis voisin.
O voyageur ! ta perte est trop certaine ;
Ta femme est veuve , et ton fils orphelin.
« Traître,a-t-il dit, nous sommes seuls dans l'omb rcj
Mais près de nous vois-tu ce chêne sombre ?
Il est témoin : au tribunal vengeur
Il redira la mort du voyageui-! »
Reposons-nous sous la feuille du chêne.
Le meurtrier dépouilla l'inconnu; Il emporta dans sa maison lointaine Cet or sanglant, par le crime obtenu.
Près d'une épouse industrieuse et sage ,
Il oublia le chêne et son feuillage ; Et seulement , une fois , la rougeur Couvrit ses traits , au nom de voyageur.
Reposons-nous sous la feuille du chêne.
Un jour enfin , assis tranquillement Sous la ramée, au bord d'une fontaine, Il s'abreuvait d'un laitage écumant.
Soudain le vent fraîchit ; avant l'automne , Au sein des airs la feuille tourbillonne ; Sur le laitage elle tombe... O terreur ! C'était ta feuille, arbre du voyageur !
Reposons-nous sous la feuille du chêne.
Le meurtrier devint pâle et tremblant : La verte feuille et la claire fontaine , Et le lait pur , tout lui parut sanglant. /, 23
Il se trahit, on l'écoute, on l'enchaîne; Devant le juge en tumulte on l'entraîne : Tout se révèle ; et l'échafaud vengeur Apaise enfin le sang du voyageur.
Reposons-nous sous la feuille du chêne.