‹ uvres complètes de Millevoye (volume 5)Chapitre 3 sur 50 · DU POÈTE. II · texte numérisé non relu

DU POÈTE. II

Il est de ces instants où sa tête lassée Supporte avec effort le poids de la pensée ; A lui-même importun dans sa vague langueur, Il semble avoir perdu sa féconde vigueur. Sa veine est desséchée , et sa voix est muette. C'est en vain qu'en lui-même il cherche le poète. Il succombe , accablé de travaux assidus : Mais il retrouve aux champs les dons qu'il a perdus : Tout l'inspire et Témeut dans toute la nature. L'Aquilon qui rugit, le ruisseau qui murmure, La chanson du matin et la cloche du soir, Et l'ombrage où le pâtre à midi vient s'asseoir. Et tous ces vieux récits , charmes de la veillée , Agitent tour a tour son ame émerveillée. Il semble que pour lui l'art magique des vers Peuple d'illusions un nouvel univers :

Cet oiseau dont la voix gémit désespérée , C'est Philomèle encor qui se plaint de Térée;

Page 1