‹ uvres complètes de MillevoyeChapitre 10 sur 40 · ÉGLOGUE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ÉGLOGUE QUATRIÈME

F LUT F. sicilienne, élève un peu tes sons; Tous n'aiment point l'arbuste et les humbles buissons : Si nous chantons les bois, que les bois, faits pour plaire, Soient dignes d'ombrager la toge consulaire.

Ces temps par la Sibylle autrefois révélés ,

Ils sont venus ! déjà les siècles écoulés

Recommencent pour nous leur marche solennelle;

Déjà revient Astrée et Saturne avec elle;

Déjà descend des cieux tout un peuple nouveau.

Daigne, ô chaste Lucine , adopter ce berceau: Par lui l'âge de fer cède aux beaux jours d'Astrée, Et ton frère a repris sa couronne adorée.

Les grands mois, Pollion, sous votre consulat, S'avancent, orgueilleux de leur nouvel éclat: Des crimes du passé s'il reste quelque cmpi'einte, Le monde est, par vos soins, affranchi de sa crainte.

Plein de jonrs immortels, auxcieux , l'cnfantsacré

Admire les héros dont il est admiré :

Il gouverne le monde apaisé par son père.

Enfant aux grands destins! eu offrande légère Voisnos champs l'apporter la grappe au doux nectar, La fève de Meniphis, l'acanthe et le baccai ; La chèvre revenir, la manu-Ile arrondie; Bondir près des lions la lirehis enhardie ;

':i8 LES BUCOLIQUES DE VIRGILE.

Les fleurs à ton berceau d'elles-mêmes s'offrir;

L'herbe fallacieuse et le serpent mourir,

Et l'aniome en tous lieux prodiguer sa richesse.

Eu attendant les jours où j)Ourra ta jeunesse Dans les faits paternels recueillir des leçons, On verra, sans culture, ondoyer les moissons, La pourpre du raisin pendre au buisson aride; Et du chêne noueux couler un mi(;l limpide.

Des vieux forfaits pouitant les vestiges épars Commanderont encor d'élever des rcnii)arts, De déchirer le sol, de tenter Amphitrite. Typhis renaît; Colchos revoit sa noble éliUî : Encor d'autres combats; le grand Achille encor .Sous un autre Ilion poursuit un autre TTeclor.

"VTais lorsque tes vertus s'affermiront jiar l'âge. Le |)iii navigntcui u'ira pins, sur la plage,

ÉGLOGUE ly. 39

Échanger les trésors de la terre et des eaux. Tout climat produit tout. Bacchus brave la Taux; Cérès, libre du soc, de ses bienfaits dispose; Le joug laborieux loin des bœufs se repose : La laine n'apprend plus à feindre les couleurs; Mais, dans les prés féconds errant parmi les fleurs. Le noir bélier revêt la pourpi e éblouissante, Ou change sa toison en robe jaunissante; Et la vive écarlate habille les agneaux.

« Filez ces jours heureux, courez , légers fuseaux , » Dit la Parque, du sort interprète fidèle.

Voici les temps. Revêts ta splendeur immortelle,

O du grand Jupiter noble postérité !

Sur son axe éternel vois !e globe agité.

Vois les mers, vois des cieux la profondeur immense

Tressaillir à l'aspect du siècle qui commence.

/,o LES BUCOLIQUES DE VIRGILE.

O ! (lue s'il me restait des jours assez nombreux Pour chanter clignement tant de faits généreux, L'harmonieux Linus, le chantre du Rhodope, L'un fils du dieu des vers, l'autre de Calliope, Bien qu'illustres tous deux, tous deux d'un sang divin, De surpasser mes chants se llattcraient en vain ! Pan même, en Arcadie, enviàt-il ma gloire, Pan même, en Arcadie, avoûrait ma victoire.

Connais ta mère, enfant! et qu'un premier souris De dix mois de douleurs lui paie cnfm le prix : Connais ta mère, enfant! digne, par ses caresses. Et du banquet des dieux et du lit des déesses.

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