‹ uvres complètes de MillevoyeChapitre 12 sur 40 · ÉGLOGUE SIXIÈME · texte numérisé non relu

ÉGLOGUE SIXIÈME

iVJ. A muse, la première, au chalumeau docile Apprit à répéter les chansons de Sicile; Elle n'a point rougi de vivre au sein des bois. Alors que je chantais les combats et les rois , Apollon vint et dit: « Le pâtre à sa houlette Ne doit associer que la simple musette. » Phébus veut, j'obéis. Assez d'autres mortels, Varus, diront ta gloire et les combats cruels; Plus humlile, mou hautbois médite un air rustique. Si l'on daigne sourire à mon chant bucolique:

Tout redira Varus, tout, le bois, le vallon; Phébus chérit les vers décorés de ce nom.

Poursuivez, doctes Sœurs. Dans la grotte prochaine, Mnasylus et Chromis virent dormir Silène. L'ivresse habituelle en ses veines coulait , Et de la veille encor tout le vin les enflait. Loin de son front, traînait sa couronne brisée. Et de son lourd flacon l'anse pendait usée. Craintifs, de sa guirlande ils l'enchaînent tous deux ; Car l'espoir de ses chants souvent trompa leurs vœux . Églé survient, Églé, des Nymphes la plus belle; Et le sang du mûrier, qui sous ses mains ruisselle, Du buveur qu'elle éveille a coloré le front. Mais Silène , riant de ce joyeux affront : « Enfants; dit -il, brisez cette inutile entrave; C'est assez qu'oh ait vu Silène votre esclave. Puisque vous l'exigez, vous entendrez mes airs,

5o LES BUCOLIQUES DE VIRGILE.

Pasteurs; écoutez-moi: pour vous sont les concerts; Pour elle... un autre don sera sa l'écompense. » Il prélude, et l'on voit les Faunes en cadence Des hôtes des forêts Jjondir environnés , Et les chênes mouvoir leurs vieux fronts sillonnés. Phébus plaît moins au Pinde; Ismarus et Rhodope Admirent moins les chants du fils de Calliope.

Il chantait ce grande vide où nageait l'univers, Quand flottaient confondus les principes divers De l'air, du feu licpiide et de la mer profonde; Quel pouvoir arrondit l'orbe naissant du monde, Forma tout par degrés, durcit le sol fangeux, Et l'enferma les flots en leur lit orageux; De son premier soleil la nature étonnée, L'air' ouvrant à l'Hyade une route ordonnée. Les bois levant leur tête, et quelques animaux Errant de loin en loin sur les sommets noin'eaux.

ÉGLOGUE VI. 5i

Il raconte Pyrrha, le doux siècle de Rhéc, Caucase, et le larcin de la flamme éthérée; Et cet Hylas qu'en vain sa flotte appelle , hélas ! Et ces bords répétant au loin : Hylas! Hylas !

Sa voix plaint de Minos l'épouse sacrilège, Éprise d'un taureau non moins blanc que la neige; Heureuse si jamais on n'eiit vu de troupeaux! Insensée! où vas-tu? Qui trouble ton repos? De Prétus autrefois les fdles désolées De faux mugissements remplissaient les vallées, Craignaient le joug, cherchaient la corne sur leur front : Mais d'un bizarre hymen elles fuyaient l'affront. Insensée! où vas-tu? Parcourir les montagnes? Arrête: ton amant paît l'herbe des campagnes L'albâtre de son cou dans les fleurs est caclié; Sous l'yeuse au tronc noir il repose couché , Ou suit les grands troiipcaux vers l'étable écartée;

'< Fermez, fermez les bois, ô vierges du Dictée! «Ah! si je découvrais ses vestiges errants! «Peut-être est-il séduit par les prés odorants; « Retournant sous son toit, la vache qui rumine « L'a peut-être attiré dans les champs de Gortyne. »

Silène aussi chantait ce fruit dont les appas

De la jeune Atalante ont ralenti les pas.

Les sœurs de Phaéton, qu'il couvre de verdure,

Allongent dans les airs leur pâle chevelure.

Il dit comment la Muse , à la voix de Phébus ,

Vers le double coteau guida notre Gallus,

Quand, du chantre inspiré saluant le génie.

Toute la cour du dieu se leva réunie;

Quand, le front ceint de fleurs et d'herbages amers,

Linus, pasteur divin, lui dit en doctes vers :

'< Ces pipeaux(desNeuf Sœurs reçois ce doux partage)

Sont du vieillard d'Ascra l'immortel héritage;

Siu- ces mêmes pipeaux il chantait, et des monts Les frênes descendaient dans le creux des vallons. Rends Phébus orgueilleux des forêts de Grynée. »

O fille de Nisus? il dit ta destinée.

Et cette autre Scylla dont les livides flancs Grondent environnés de noirs monstres hurlants , Fils des mers, chiens hideux, dont la gueule bruyante D'Ulysse déchira la flotte tournoyante.

Il raconte Térée en vautour s'envolant; Les dons de Philomèle et son festin sanglant, Et sa fuite aux déserts, et Térée, à toute heure, Planant sur ce palais qui n'est plus sa demeure.

Tous ces chants qu'Eurotas entendit autrefois, El que transmit Phébus aux lauriers de ses bois, Silène les répète; et l'écho des vallées,

Fidèle, les renvoie aux plaines étoilées. Jusqu'à l'heure où Vesper, malgré le ciel charmé Ordonne des Jirebis le compte accoutumé.

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