LYCIDAS
Que tes essaims, Méris, des ifs craignent le front! Qu'un lait pur de ta vache emplisse les mamelles! J'eus moi-même un regard des doctes Immortelles. Il me souvient encor du jour où nos pasteurs Me proclamaient poëte; éloges trop flatteurs! A célébrer Varus, ost-ce à moi de prétendre? L'oie, aux cris importuns, de l'oiseau du Méandre A-t-elle les accords doux et mélodieux ?
MKRIS.
Je cherche à retrouver quelques airs gracu'ux. Écoute cehii-ci : « Viens , belle Galatée! « Quel charme te retient sous la mer agitée ? «Ici le doux printemps rougit; et de ses fleurs <' La terre aux bords des eaux prodigue les couleurs ; " Le pâle peuplier couvre les antres sombres , « Et la vigne flexible entrelace ses ombres. « Viens; laisse follement le flot battre ses bords. >■
L Y CI D A s.
Une nuit, tu chantais; ô les tendr-^s accords! Si j'oubliai les airs, je retins la mesure.
MÉRIS
« Des astres, o Daphnis laisse la foule obscure. «Astre du grand César, voilà qiu' tu parais! « /Vstre cher à Vénus, et propice aux guérets ! « Astre qui sur les monts Aas colorant la treille!
« Enrichis les jardins de la poire vermeille , « O Daphnis ! tes neveux jouiront de tes plants j « Avec le temps tout s'use, et même les talents. »
J'ai chanté plus d'un jour: cependant, avant l'âge Ma voix s'éteint; Méris, ô funeste présage ! S'est laissé prévenir par le regard des loups. Par Ménalque chantés, ces airs seront plus doux.
I,TCIDAS.
Ne me les ravis point. Vois, les ondes se taisent. Pour toi des aquilons les murmures s'apaisent. La moitié de la route a fui rapidement. Déjà de Bianor je vois le monument :
Là, le pâtre en Hiisceaux assemble le feuillage; Là, pose tes clievreaux et chantons sous l'ombrage. Nous les verrons trop tôt ces remparts odieux ! Si tu crains de la nuit les brouillards pluvieux, Marchons, donne ce poids qui t'accable sans donfr, Méris, c*l n(y:> chansons abréi:ei'o«t la route.
EGLOÇUE IX. 75
MÉRIS
Il est pour nous, ami, des soins plus rigoureux: Attendons et Ménalque et des jours plus heureux.