GALLUS
ÉGLOGUE DIXIÈ.^iE.
\ lENS, préside, Aiélhiisc, au derJiier de lues chants. Peu de vers pour Gallus, mais si doux, si touchants. Que même Lycoris s'empre^^se d(; les lire! Eh! qui jjour mon Galhis ne monterait sa lyre? Que, pour juix de les soins, ton cristal toujours pur iJes flots siciliens i)eice le sonihre azur, Et que n'ose jamais l'épouse de NéYee Mêler son amertume à ton onde sacrée!
Coniniençons, et tandis cpu- tics jcuiu-> ormeaux Nos chevreaux pcluhuits toudenl les verts rameaux,
Chantons Gallii;> en proie à sa langueur secrète. Rien n'est sourd à mes chants: hi forèl les répète.
Nymphes deseaux! quels bois vous dérobaient au joui Quand Gallus expirait d'un déplorable amour? Le Pinde et ses coteaux, l'Hippocrène et sa source, N'avaient point cependant retenu votre course. Les lauriers, la bruyère ont pleuré ses destins; Lvcée, aux antres verts , et Menale, aux longs pins. Pleuraient Gallus couché sous la roche déserte: Ses bêlantes brebis vont lamentant sa perte... Ne les dédaigne pas, Gallus; au bord des eaux Le charmant Adonis a gardé les troupeaux.
Le i)àtre vient; des bœufs vient pesamment le guide; Ue la froide gîandée encore tout humide, Ménalque vient. Phébus vient lui-même : « Insensé ! Lycoris près d'un autre habite un camp glacé!»
Secouant de grands lis et des fletirs bocayères,
Silvaiu parut, orné de guirlandes légères.
Pan à son tour, le teint d'hiùble coloré :
« D'un éternel ennui seras-tu dévoré?
Dit-il. Le traître Amour s'ajiplaudit de tes peines.
L'heibe des prés a soif de; l'onde des fontaines,
L'abeille de cytise, et l'Amour de nos pleurs. »
Triste, il répond: « Témoins de mes longues douleurs, Dites-les à vos monts, pasteurs de l'Areadie, Pasteurs seuls renommés pour votre mélodie. O! si vos doux accords redisaient mon tourment, Que Gallus au tombeau dormirait mollement! Plùtau.xdicuxqueOallus eût voschamps pour patrie! Ou pâtre, ou vendangeur de la grappe mûrie. J'eusse obtcim l'amour d'Amynte ou de Pliyllis; L'une ou l'autre, n'importe! Ah! si l'éclat des lis Refusa d'embellir le teint bruni d'Amvnte,
TVoire est la violette, et noire est l'hyacinthe. Près de moi, sous le saule aux mourantes couleurs, L'une eut chanté des airs, l'autre eût cueilli des fleurs. Làson t des eaux , des prés ; làflotte un mol ombrage; Là nous eussions vieilli, consumés d'un même âge.
Mais loin de ton pays, sous les tentes de Mars, Le fol amour t'entraîne à travers mille dards. Des Alpes et du Rhin, il est donc vrai, cruelle, Tu braves, et sans moi, la froidure éternelle! Ah! que puissent du moins t'épargner les frimas; Que les glaçons tranchants n'offensent point tes pasl
J'irai; sur les pipeaux qu'entendit Syracuse, J'oserai de Chalcis reproduire la muse:
Dans les antres des bois plongeant mes pas errants, J'irai seul délier leurs hôtes dévorants. Racontant mes amours, leurs ccorces fulèlcs
8o LES BUCOLIQLES DE VIRGILE.
Croîtront... () mes amours! vous croîtrez avec elles.
Aux nvmplîes du Méiiale osaul m'associer , J'atteindrai de mes traits l'horrible .sanglier; De chiens hurlants, malgré ses glaces conjurées. Je cein(!rai Partliénie et ses forêts sacrées Mais déjà je parcoui's le hois retentissant : Du Parthe sous ma main siffle l'arc menaçant; Il lance du Cretois la flèche inévitable. Trompe<us soulagements! l'Amour impitoyable Daigne-t-il s'attendrir aux tourments des humains? Loin de moi chants d'amour, Dryades et Silvains! Forêts, disparaissez! votre ombre m'importune : Rien ne peut, je le sens, tromper ukui infortune. De l'Hèbre etdu Slrymon quandje boirais les eaux, Quand aux champs lybiensbondiraient mes troupeau> Sous l'orme desséché cpie Sirius dévore, L'Amour, l'ardent Y\iiiour m'v j)oursiH\rait encore.
eglogup: X. • 8i
L'Aiîiom- soumet le monde, et je cède à l'Amour. »
Muses! laissons dormir les échos d'alentour; C'est assez. Vous m'avez révélé vos merveilles , Tandis que , sous l'ombiajjie, en légères corbeilles Ma m.iin arrondissait les joncs obéissants ; Donnez près de Gallus du prix à mes accents , Lui pour qui chaque jour croît mon amitié tendre, Conimeonvoitau printemps l'ormeau croîtreets'étendre.
Mais ri>inbre est comme aux fruits fatale aux chalumeaux. Du noir genévrier redoutons les rameaux; Rentrons. Vesper a lui: rassasiés d'herbage, Allez, chevreaux, allez; quittez le pâturage.