‹ uvres complètes de MillevoyeChapitre 29 sur 40 · ÉGLOGUE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

ÉGLOGUE NEUVIÈME

Virgile , comme l'on sait , composa sa neuvième églogue de vers et de couplets qui n'avaient pu trouver place dans les huit premières , et qu'il a rattachés entre eux par des liens quelquefois un peu faibles. Cette pièce n'en contient pas moins des détails pleins de grâce et de fraîcheur.

Nec tuus hic Mœris, nec viveret ipse Menalcas.

A ce vers , placé dans la bouche de Méris , Lycidas répond :

Heu ! cadit in quemquam tantum scelus ! lieu ! tua uobis Penè simul tecum solatia rapta , Menalca ! Quis caneret Nymphas ? quis humum florentibus lierbis Spargeret, aut viridi fontes induceret umbrâ ?

et il semble compter pour rien la mort dont Méris , son interlocuteur , dit avoir lui-même été menacé. Cela n'est guère obligeant ; et j'ai cru à

i3o NOTES.

propos d'éviter cette légère inconvenance , défaut si peu habituel à Virgile. Lycidas , dans ma traduction , parle des deux bergers à la fois :

Quoi nos consolateurs nous seraient enlevés ! Qui sans vous eût chanté les nymphes du bocage , Versé des fleurs , couvert les fontaines d'ombrage ?

Inscrc, Daphni, piros: carpent tua poma ncpotes.

Le souvenir de ce vers semble avoir inspiré celui-ci au bon La Fontaine :

Mes arriére-neveux me devront cet ombrage.

Ceux qui viennent ensuite n'appartiennent qu'à son génie et à son cœur :

Eh quoi ! défendez-vous au sage De se donner des soins pour le plaisir d'autrui? Cela même est un fruit que je goûte aujourd'hui , J'en puis jouir demain , et quelques jours encore.

Virgile n'a rien d'un caractère plus touchant, ni d'une plus ravissante naïveté.

NOTES. i3i

Vox quoque Mœrim

Jam fugit ipsa : lupi Mœrim vidêre priores.

Être aperçu par un loup avant de l'avoir vu soi-même, était regardé chez les anciens comme *un présage funeste à la voix des bergers ; quelquesunes de ces croyances superstitieuses subsistent encore dans nos campagnes: il en est même de très-favorables à la poésie.

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