EGLOGUE HUITIEME
Altcr ab undocimo tum me jam ccpcrat annus, Jam fragiles poteram a terra contingere ramos.
Racan a rendu ces deux vers par deux vers délicieux :
Il n'avait que douze ans , et , do ses petits bras , Cueillait déjà des fruits dans les branches d'en bas.
Ut vidi, ut peiii, ut me malus abstulit eiTor!
Nous n'avons pas en français de tour qui réponde à la chaleur de celui-ci. Ut vidi ! ut perii! est expressif et passionné : comme je le vis ! comme je péris! serait ridicule.
Nunc scio quid sit Amor , etc.
J'ai fondu ce couplet avec le suivant , d'abord parce que les deux idées tiennent l'une à l'autre , et ensuite pour éviter la monotonie des refrains, déjà très-multipliés.
Crudelis tu quoque, mater!
Crudclis mater magis, an puer improbus ille? Improbus ille puer, crudelis tu quoque mater.
Ces petites combinaisons de mots roulant sur la même idée m'ont semblé sortir un peu de la manière de Virgile pour rentrer dans celle d'Ovide. Je me suis servi d'un tonr moins recherché.
l^hmiero dcus imparo gauclct.
Toujours le nombre impair est agréable aux dieux.
Ces espèces de in,iximes doivent , ce me semble , être toujours détachées et conserver dans la version française la précision de l'original. C'est à quoi je me suis attaché.
Limus ut hic durcscit, et haec ut cera liqucscit Uno eodemque igni ; sic nostro Daphnis amore.
Virgile , comme en beaucoup d'autres passages , franchit les idées intermédiaires. La traduction littérale de cette phrase très - elliptique ne serait qu'une énigme. J'ai cherché à l'éclaircir en la développant ; car il s'agit d'être entendu , et non de compter les mots : ce qui est obscur paraît toujours long.
On sait que la seconde partie de cette égloguc est une imitation textuelle de la seconde idylle de Théocrite , que Racine nommait l'une des plus belles pièces de l'antiquité.