MÉLIBÉE
Heureux vieillard ! les dieux te laissent ton domaine: Il suffit à tes vœux; si la stérile arène ^'i des marais profonds enxirouncnt tes prés,
i8 LES BUCOLIQUES DE \ IRGILE.
Tes brebis, tes agneaux nouvellement sevrés N'iront point affronter l'herbe inaccoutumée, Ni d'un troupeau voisin Tapproche envenimée. Heureux vieillard ! couché sur la rive des eaux , Près des fleuves connus et des sacrés ruisseaux, Sous la fraîche épaisseur des ombres bocagères Tu dormiras, au bruit des abeilles légères Qui vont en bourdonnant reposer leurs essaims Sur les saules en fleurs, borne des champs voisins. Et, quand de l'émondeur la voix claire et perçante Frappera de tes chants la roche bruissante , L'orme habitant des airs entendra constauunent Des ramiers, tes amours, le long roucoulement.
TI TYRE.
On verra le chevreuil paissant aux mers profondes; Le poisson , dépouillé du vêtement des ondes , Pressant du lit des mers le sable desséché; ChezIesGcrmainbl'Euplualc à grands flotsépanché.
EGLOGUE I. If)
Et la Saône abreuvant les déserts de la Thrace , Avant qu'un bienfaiteur de mon ame s'efface.
MÉLFEÉE.
Dispersés, nous fuyons! L'un verra l'Africain, Ou l'indolent Cretois, ou le Scythe inhumain, Tandis que l'autre ira, traînant son infortune, Chez le Breton, du monde isolé par Neptune. Après quelques étés, si longs pour les proscrits, IVe reverrai-je point enfin ces lieux chéris , Ce toit pauvre , formé de gazon et de chaume , Ces champs, ces humjjles chanqjs, mon rustique roy aimie? Dieux! un soldat impie usurper nos sillons! Un barbare envahir nos superbes moissons ! Voilcà , voilà les fruits des discordes civiles ! Voilà pour qui nos mains rendaient les champs fertiles! Maintenant, Mélibée , aligne tes oi-meaux; Greffe encor tes poiriers, taille encor leurs rameaux! Allez à l'abandon ! chèvres jadis heureuses ,
Allez ! Aux bords fleuris des grottes ténébreuses Indolemment couché, je ne vous verrai plus Pendre, au loin, du sommet de ces rocs chevelus. Ils cesseront, les airs de ma flûte champêtre! Et vous, ô mon troupeau, vous changerez de maître : Vous irez désormais, sous un autre pasteur, Brouter le saule amer et le cytise en fleur.
TITYRE
Tu pourras cependant, durant la nuit obscure, Reposer près de moi sur ini lit de verdure: l'ai des fruits savoureux; je te promets aussi Et la molle châtaigne et le lait épaissi. Au loin fument déjà les toits de nos campagnes ; Déjà, l'ombre s'allonge, et tombe des montagnes.
CORYDON