‹ uvres complètes de MillevoyeChapitre 32 sur 40 · CHANT TROISIEME · texte numérisé non relu

CHANT TROISIEME

Oous les lois de leurs chefs les deux camps sont rangés : Les Troyens, frappant l'air de leurs cris prolongés. S'avancent, tels qu'on voit dans la nue orageuse Des oiseaux du Strymon la ti'oupe voyageuse, Quand, fuyant le retour des pluvieux hivers, Ils gagnent à grand bruit le rivage des mers , Ou que du haut des cieux leur formidable armée Descend avec la mort sur le tremblant Pygmée.

Dévoués l'un à l'autre , aux dangers aguerris , Les Grecs vont au combat, sans tumulte et sans cris.

Des brouillards, vers le soir, ainsi la masse épaisse De la cime des monts avec lenteur s'abaisse ; Chère au brigand nocturne et fatale au berger, L'œil y poursuit en vain la pierre au vol léger: A l'œil plus indécis, dans le poudreux nuage. L'armée aux vastes flancs dérobe son passage. Les guerriers , l'un sur l'autre accourus furieux , S'atteignaien t,quand Paris, fier et semblable aux dieux, Se montre au premier rang des phalanges de Troie. La peau d'un léopard sur son corps se déploie; Deux longs arcs recourbés s'agitent sur son dos; Sa main arroganmient brandit deux javelots: Il ose, d'un grand cœur affectant l'énergie, Défier tour à tour les héros de Phrygie.

Cependant Ménélas voit ce présomptueux Hors des rangs s'avancer d'un pas majestueux... Qu'un lion, aux détours de la forêt profonde,

Affamé, trouve onrm la biche vagabonde,

Ou la chèvre sauvage, ou le cerf aux longs bois.

De la meute légère il brave les abois ;

Triomphant, il rugit d'une sanglante joie,

Et d'avance de l'œil il dévore sa proie :

Tel Ménélas triomphe ; et ce prince outragé ,

En regardant Paris se croit déjà vengé.

De ses armes couvert, loin du char il s'élance;

Mais Paris, à l'aspect de la terrible lance,

Recule, et de Vénus ce tendre favori

Cherche aux rangs des Troyens un tutélaire abri.

Moins effrayé, pâlit, recule un jeune pâtre,

S'il voit que déroulant une écaille bleuâtre

Le dragon venimeux siffle et sort du buisson :

Par tout son corps circule un rapide frisson ,

Et ses j)ieds chancelants lui refusent la fuite.

Faible Paris ! Témoin de ta lâche conduite ,

Hector s'indigne; Hector t'humilie en ces mots: « Misérable , qui seul as causé tous nos maux , Pourquoi n'es-tu pas mort dans le sein de ta mère, Sans former les liens d'un hymen adultère ! Tu n'aurais pas du moins, perfide suborneur, A l'Asie en spectacle offert ton déshonneur. Certes , les Grecs , trompés par ta fière stature , Doivent d'un rire amer te jirodiguer l'injure : Tu semblés un héros loin du champ des combats; Mais la force n'est rien où la valeur n'est pas. Et c'est toi qui, parti de la rive troyennc, Profanant sans pudeur la poupe phrygienne, Au gendre de Tyndare enlevais sur les eaux La beauté qu'il obtint entre mille rivaux ! Fléau d'un père , espoir des peuples de la Grèce , Pour nous sujet de honte, et pour eux d'allégresse , Wosais-tu disputer au vaillant Ménélas Celle (lu'il reçut vierge aux bords de l'Eiuotas?

Tu saurais envers qui tu fus traître et parjure. Ton luth aux doux accords, ta molle chevelure, Tes nobles traits, présents de la blonde Cypris, Traîneraient dans la poudre , insultés et flétris. Ah! les Troyens, lançant la pierre meurtrière. En un loui'd vêtement de roche et de poussière Auraient dû transformer ta robe aux plis flottants, Supplice mérité, suspendu trop long- temps.

— Ton reproche est cruel, mais il est légitime, Répond le beau Paris. La valeur qui t'anime, Ardente, infatigable, est comme cet acier Qui , secondant l'effort du robuste ouvrier, Creuse à grands coups le chêne étalé sur la dune, Et fait mugir l'écho des chantiers de Neptune. Mais pourquoi de Vénus dédaigner les présents ! N'offensons point les dieux pour nous trop complaisants : Nul n'a droit de choisir parmi les dons célestes.

Toutefois, terminant nos querelles funestes, Seul avec Ménélas j'oserai corps à corps Combattre, et disputer Hélène et ses trésors. Ordonne, ouvre un champ libre entre la double armee- Chai-gé de biens sans nombre , en sa ville charmée Le vaincpieur conduira le prix de ses exploits. Et de la douce paix refleuriront les lois. Les Grecs et les Troyens, posant enfin les armes. Pourront dans leur patrie oublier leurs alarmes : Vous au sol phrygien , riche en jeunes beautés ; Eux dans Argos, féconde en chevaux indomi)tés. »

Joyeux, mais des Troyens calmant la pétulance,

Hector par le milieu saisit sa vaste lance ,

Sa lance est leur barrière. Enflammés de courroux,

Tous les Grecs, contre un seul dirigeant tous leurs coups.

Dardaient le javelot, lançaient le trait rapide.

'< Arrêtez, leur cria la forte voix d'Atridcj

Hcclor veut nous pailc-r, laissons parler Ik-tlor. » Les guerriers, niotlcrant leur bcUlqucux essor, Se taisent, curieux de ce qu'ils vont apprendre.

Au milieu des deux camps rapprochés poiu' l'entendre, Hector prend la parole, et dit : « Grecs etTroyeus, Dans les vœux de Paris vous entendrez les miens. Oui, c'est la voix d'Hector que Paris a choisie Pour détourner les maux qui pèsent sur l'Asie. Seul avec Ménélas il ose corps à corps Combattre, et disputer Hélène et ses trésors: Il demande un champ libre entre la double armée. Chargé de biens sans nombre, en sa ville charmée Le vainqueur conduira le prix de ses exploits; Et de la douce paix refleuriront les lois. >>

On se tait. Ménélas, ce vaillant (ils d'Atrée, Ainsi ré[)ond : « De deuil mon ame pénétrée

N'a point de tant de maux perdu le souvenir; Nous les avons causés, nous les devons finir. Entre. Paris et moi (]ue la Parque choisisse; Que l'un de nous triomphe et que l'autre périsse : Le sort en est jeté. Vous tous , d'un pacte heureux Serrez dès ce moment les pacifiques nœuds : Qu'un agneau blanc sans tache et qu'une brebis noire A la terre, au soleil, offrande expiatoire. Consacrent vos serments, tandis qu'armés du fer Nous teindrons d'un sang pur l'autel de Jupiter. Que Priam intervienne à l'auguste alliance. Aux serm.ents de ses fils j'ai peu de confiance : Leur langage est trompeur; leur cœur insidieux Violerait le nom du monarque des dieux. La jeunesse en ses vœux est changeante et frivole : Mais honneur au vieillard fidèle en sa parole. Qui, témoin du passé, garant de l'avenir, Sait rétablir la paix et la sait maintenir ?

Formé sans ses conseils, nul traité n'est durable. »

Les Grecs ont applaudi par un bruit favorable. Ils respirent la paix. De leur frein dégagés , Les coursiers avec ordre en ligne sont rangés, Et reposent près d'eux , resserrés dans l'espace Entre le javelot, le casque et la cuirasse.

Durant ce temps Hector commande, et sans relard Deux hérauts vont dans Troie avertir le vieillard ; Ils doivent avec eux ramener la victime. Le vieux Talthybius , que son zèle ranime , Part à la voix d'Atride , et va sur les vaisseaux Chercher le vin , la coupe et les jeunes agneaux. L'âge n'a point rendu sa marche plus tardive , Et d'un pas ferme et sûr il a gagné la rive.

Près de la blonde Hélène Iris alors descend ,

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Et prend de Laoïlicc et les traits et l'aceent. Surprise, mais eliarmée, Hélène voit en elle Des filles de Priam la (lUe la plus belle, Et croit d'Hélicaon, de ce fils d'Anténor Reconnaître l'épouse à sa couronne d'or. L'amante de Paris, sur ia toile d'albâtre. Figurait les combats et leur affreux; théâtre, Le Phrygien si fier de son l:)ouilIant coui'sier, L'Argien rayonnant sous son casque d'acier. Les' périlleux assauts et l'épaisse mêlée. Et la fleur des guerriers à sa cause immolée. Elle peint son ouvrage en traçant ces tableaux.

(' Viens , dit la prompte Iris, voir deux peuples rivaux, Embrasés si long-temps d'une ardeur sanguinaire. Oublier la discorde et suspendre la guerre. Les javelots oisifs en faisceaux sont dressés. Ménélas et Paris, l'un sur l'autre élancés.

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Vont disputer un bien dont leur ame est jalouse , Et le vainqueur en toi chérira son épouse. »

Ainsi parlait Iris. Le regret triste et doux De son pays natal , de son premier épovix , Trouble Hélène , et revit au fond de sa mémoire. Couverte d'un tissu plus blanc qu'un pur ivoire, Les yeux baignés de pleurs, elle marche aux rempar. Non pas seule ; Climène aux sévères regards , Et sa compagne Éthra, captives empressées, Arrivent avec elle auprès des jjortes Scées. Là, sur la tour, Priam , Thymète, Hycétaon, Clyteus, Anténor, Lampus, Ucalégon, Assis loin des combats qu'interdit la vieillesse, Discouraient longuement, mais tous avec sagesse: Des cigales ainsi dans la hauteur des bois Se prolonge la douce et monotone voix.

Alors qu'en sa beauté leur apparut Hélène, 2 iG

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L'œil attaché sur elle, et respirant à peine : « Ne nous étonnons plus, niurnîuraienl-ils tout bas, Do voir Grecs et ïroyens livrer tant de combats Sans se plaindre du sang qu'ils ont versé pour elle : Et son port et ses traits sont ceux, d'une immortelle. Toutefois cpi'elle parte, et puissent ses vaisseaux Emporter avec eux notre deuil et nos maux! »

Priam tout haut l'appelle : « A mes côtés prends place, Ma nile; de plus près reconnais dans l'espace Tes parents, tes amis et ton premier époux... Je ne t'accuse pas. Les dieux seuls ont sur nous Lancé du haut des cieux la guerre et ses ravages ; Lesdicux seuls ont guidé les Grecs vers nos rivages. Mais dis, cpiel est ce chef dont l'imposant asp(>ct Semble aux Grecs assemblés commander le respect? D'autres de tout leur front le sur|)assent peut-être; Auctm n'a ce maintien et ce reu.ud de maître.

CHANT IIÎ. iS^^

J'ai fin vuir iiu moiiaifiiic. — En cCR-t, il est roi. Je ne |)nis sans rougii' le nommer devant loi, Vénérable vieillard que je crains et que j'aime. J'ai vécu troplong-tcmps. Oh! xjue mon joursuprémc N'a-t-il précédé l'heure où j'ai pour ton Paris Quitté ma fdle unique et mes frères chéris ! Pardonne-moi mes pleurs, cl si mon amo émue D'Atride au loin puissant ne soutient point la vue, Que mou sort est changé! Du giand Agamemnon Je fus la sœur : hélas ! méritais-je ce nom ?

Priam, les bras tendus vers le chef qu'il admire, S'écrie : « Heureux Atride! à tes vœux tout conspire. Quel astre favorable éclaira ton berceau? Monaïque a-t-il jamais joui d'un sort plus beau ? La Grèce sous tes lois tout entière est rangée. Jadis, il m'en souvient, quand de pampres chargée La Phrygie à mes yeux offrit de toutes paits

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Ses peuples exercés à diriger les chars,

Otrée et ses guerriers, Mygdon aux dieux semblable,

Formant près du Sangare un camp inviolable;

Quand , fidèle allié , joignant mon bras au leur ,

J'assaillis l'Amazone et sa mâle valeur,

Nos rangs étaicntpressés, mais les l'angs du Pelage

S'assemblent plus nombreux que les flots de la plage.

Il dit. Bientôt Ulysse appelle son regard : « Chère Hélène, reprend le curieux vieillard , Ce chef qu'Agamemnon de son cimier domine. Qui, plus nerveux, présente une large poitrine, Quel est-il donc? Laissant cuirasse et bouclier, Il traverse les rangs: tel (m voit im bélier, Dont la poinprc de Tyr doit colorer la laine, Parcourii- sou troupeau réimi dans la plaine. — C'est Ulysse , répond Hélène au sang divin. Ithaque eu ses rochers le confinait en vain :

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Il parut aux conseils; il parut, et la Grèce Admira sa prudence et son utile adresse.

— Tu dis vrai, noble Hélène. (Ainsi i^arleAnténor.) J'ai vu de près Ulysse, et me rappelle encor Le jour où de nos murs il visita l'enceinte. Ménélas le suivait. L'hospitalité sainte Ouvrit en mon palais un asyle à tous deux. J'eus dans leurs entretiens le temps de juger d'eux, L'un et l'autre ( c'était pour ta cause fatale ) Signalaient tour à tour une prudence égale. Quand près de Ménélas Ulysse s'avançait , Ménélas en stature alors le surpassait; Assis tous deux , Ulysse obtenait l'avantage. Parlaient-ils, ton époux, quoiqu'en un plus jeune âge , Courait au but, l'apide, énergique, précis , Et ne s'égarait point dans les vagues récits. Ulysse avec plus d'art , orateur plus habile ,

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L'œil baissé, s'appuyant sur son sce|)trc' mmuihilf,

Ressemblait au mortel de colère agité ,

Ou frappé de démence et de stupidité :

Sa voix n'articulait que des. accents timides;

Mais bientôt ces accents s'échappaient plus rapides

Que la neige qui vole en des jours pluvieux.

Sans égal, il charmait et l'oreille et les yeux;

Il semblait s'embellir de sa vive éloquence.

— Ma fille, nomme-moi le guerrier qui s'avance, Dit Priam; de ses pas j'admire la fierté.

— C'est le terrible Ajax , des Troyens redouté, ïu vois Idoménée : à sou départ de Crète ,

Le toit de Ménélas fut souvent sa retraite. Je ne puis te nommer tous ces Grecs belliqueux : Mais d'où vient que mon œil ne; voit point avec eux Mes deux frères chéris, Pollux , lutteur agile , Castor, (jui des coursiers rend la fureur docile '

Soul-ils aux miiis de Sparte? ou u'oseut-ils s'anucf Par crainte de rougir eu m'entciulant nouinier ? ■> Elle ne savait pas .» u'aux champs de Laconie Le sol natal couvrait leur cendre réunie.

Cependant les hérauts, d'un pas précipité, Portaient au camp troyen , à travers la cité, Les agneaux et le vin, fruit joyeux de la terre. Idéus s'est chargé de la lourde cratère , De l'urne aux flancs vermeils, des vases éclatants : '< Fils de Laomédon, dit-il , viens , il est temps ; Viens. Les chefs de l'armée avec impatience T'attendent pour sceller les nœuds de l'alliance. Lesrivaux combattront; et quand , auxyeuxde tous, Le fer aura d'Hélène enfm choisi l'époux , Les Grecs et les Troyens, oubliant leurs alarmes, De la paix renaissante iront goûter les charmes, Nous au sol phrygien, riche en jeunes beautés,.

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Eux clans Argos , féconde en chevaux indomptés. »

Priam frémit d'effroi. Toutefois il ordonne , Et son char à grand bruit près des parvis résonne. Priam avec lenteur y monte, et de la main Doucement aux coursiers il fait sentir le frein : Anténor qu'il appelle à sa gauche a pris place ; Et d'un rapide essor ils franchissent l'espace. Au milieu des deux camps le char est arrivé. A l'aspect des vieillards Atride s'est levé: Ulysse est près de lui, debout, à son exemple , Devant ces cheveux blancs qu'en silence il contemple, Tandis que de la paix les gages consacrés Sont pour le sacrifice en pompe préparés. Tandis qu'aux mains des rois coule une onde limpide, Et que des flots de vin trempent l'agneau timide.

A côté de ré))ée au large et long fourreau ,

Déjà le roi des rois prend le sacré couteau; Il détache, et partage aux héros magnanimes La toison qui revêt le front des deux victimes. Vers l'Olympe élevant ses suppliantes mains : « O Jupiter, dit-il, ô père des humains, Dominateur d'Ida, puissant, auguste, immense, Soleil, qui, depuis l'heure où ta course commence Jusqu'à l'heure où ton char se plonge dans les mers, Peux tout voir, tout entendre en ce vaste univers, Fleuves, Terre sacrée! et vous, pâles déesses. Du parjure, aux enfers terribles vengeresses! Je vous prends à témoin du serment prononcé. Si des coups de Paris Ménélas est percé, Qu'Hélène au beau Paris désormais appartienne , Et retournons en paix vers la rive argienne ! Mais si Paris vaincu descend pai^mi les morts , Qu'on rende à Ménélas Hélène et ses trésors; Qu'iui tribut légitime imposé d'âge en âge ,

ujo ILIADE.

Soit d'un allVont viîiiyc r\''toriu;i k-moignayc ! Eiiliii s'il arrivait qiio Priam et ses iils Voulussent s'affranehir tle ce tribut promis, Qu'ils tremblent! Dansleurs murs je porterai la llamme ; Et tant qu'un seul debout restera dans Peryame , Je jirétends y rester, dussent les noirs hivers Fatiguerd'unlongehoemes vaisseaux eut r'ou verts.»

Il dit. L'agneau fra|)pé qui se débat encore, Bêle et meurt; un vin pur s'épanche de l'amphoie. Les mêmes vœux au ciel montent on même temps : « Grand Jupiter, et vous de l'Olympe habitants, De la terre et des cieux vous tous dieux et déesses ! Du premier d'entre nous parjure à ses j)r()messes Que le crâne brisé dans le sang confondu. Rejaillisse pareil à ce vin répandu; Qu'il voie en expirant sa race massacrée, Et sa femme au vainqueur sous ses regards livrée ! »

CHANT III. i()i

Ils (Usaient; Jupiter n'exauça point leurs vreux.

Piiani alors: «Troyens, et vous, Grecs généreux, Souffrez que d'Ilion je regagne l'enceinte. Hélas! déjà mon cœur ne peut songer sans crainte Que mon fils va combattre, et contre Ménélas! De ce combat les dieux savent le sort.... Hélas! •Te l'ignore, et frémis. » D'une eau fraîche arrosée, Sur son char îi ces mots l'offrande est déposée. Le vieillard y remonte, Auténor avec lui. Et loin du double camp le char rapide a fui.

La lance en main, Hector, secondé par Ulysse, Détermine l'espace et mesure la lice ; Par chacun d'eux les sorts, dans un casque jetés, Sont au creux de l'airain prudemment agités. Du premier dont le nom sort de l'urne guerrière La lance o])tient le droit do frapper la première.

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Les deux camps invoquaient la justice dés cieux; Ils disaient : « Souverain des hommes et des dieux , Livre aux enfers l'auteur d'une guérie exécrée, Et que l'aimable paix suive la foi jur''e. » La main d'Hector au fond du casque au noir cimier Se plonge , et de Paris le nom sort le premier. Saura-t-il profiler de cette chance heureuse?

Les guerriers sont assis sur la terre poudreuse, Entre leur haute anuureet leurs coursiers sans frein. Paris va se couvrir de ses armes d'airain : Superbe , rayonnant d'espérance et d'audace , De Lycaon son frère il revêt la cuirasse , Et l'éclat d'un cothurne éléganuuent cliaussé Par une riche agrafe est encor rehaussé. Il prend le bouclier large, pesant, sonore; Du casque aux crins flottants sa tète se décore ; Un javelot solide et d'un [)oids mesuré

Arme son bras; il marche; et d'un pas assuré Entre avec Ménélas dans la lice nouvelle. Dardant le trait aigu dont la pointe étincelle, Au milieu des Troyens et des Grecs frémissants, L'un l'autre se lançaient des regards menaçants. Le premier, de Paris le javelot rapide Frappe sans le percer le bouclier d'Atride, Et le fer se recourbe émoussé sur le fer. Atride alors s'écrie : « Immortel Jupiter , Guide mes coups!... puissé-je à la race future Montrer comme on punit l'hôte ingrat et parjure, Offrir un grand exemple, et d'avance effrayer Quiconque outragerait le seuil hospitalier ! »

Il dit. Son javelot, fendant le court espace, Atteint le bouclier, pénètre la cuirasse. Et perce vers le flanc la tunique d'azur. Tout près de succomber au coup terrible et sur, 2 17

igA ILIADE.

Paris, en s'inclinant,- fuit la Parque trompre. Tson moins prompt, Mcnclas du tranchant de l'épéc Frappe: croit entr'ouvrir le casque de Paris : Stérile espoir, le fer siffle et vole en débris. La rage et la douleur troublent le cœur d'Atride: « Roi des dieux, et des dieux pour moi le plus rigide, Tu permets qu'il échappe à son destin fatal! Mon glaive s'est rompu comme un frêle cristal; Et le trait a glissé sans creuser de blessure. » Il saisit à ses mots l'ondoyante parure Dont flottait l'épaisseur au cimier du Troyen. Paris, le cou pressé par un étroit lien, Vers les Grecsentraîné, touche à l'heure dernière. Vénus le voit; Vénus rompt la forte lanière: Le casque reste vide, et, dans l'air balancé. Par Atride en fureur avec effort lancé, Tombe parmi les Grecs, qui, relevant ce gage. Disent : « L'époux d'Hélène a vengé son outrage. »

jVon. Son outrage oiicor n'est vengé qu'à demi : Il poursuit , il atteint son tremblant ennemi ; Lorsque Vénus (les dieuxprotégent doncle crime!) Une seconde fois lui ravit sa victime.

Paris au lit d'hymen , sous un nuage épais , Enivré de parfums, va reposer en paix.

Au milieu d'une foule assemblée autour d'elle, Hélène entend son nom; c'est Vénus qui l'appelle. Vénus a pris la voix, les traits, les pas pesants D'une Troyenne au front sillonné par les ans , Aux travaux de Minerve ouvrière savante , Et d'Hélène dans Sparte attentive suivante : "Paris est de retour, lui dit-elle tout bas; Son front n'a point gardé l'empreinte des combats. Il revient des périls comme on sort d'une fête. » Hélène en l'écoutant à la suivre s'apprête ; 3ïais dès qu'elle aperçoit , dans toute sa fraîcheur,

Le sein de la déesse, éclatant de blancheur, Elle s'arrête : «Eh quoi! dit-elle consternée. Te verrai-je toujours à ma perte obstinée, O Vénus! En Phrygie, au bord méonien Veux-tu, me réservant pour quelque autre lien, A tes vils favoris prodiguer ma conquête ? En quel moment? Alors qu'au départ on s'apprête, Et que , le cœur aigri d'un perfide abandon , Ménélas me destine un retour sans pardon. Fais plus : quitte les dieux, de le servir jalouse. Deviens de ton Paris la captive ou l'épouse. On ne me verra point renouveler mes nœuds , Ni subir lâchement l'opprobre de ses feux : Moins coupable dés lors , mes regards moins timides, Soutiendront le regard des Tioyennes ligides.

— Ingrate, dit Vénus, tremble ! crains désormais Ouc je ne te haïsse autant que je t'aimais;

Crains qu'à ma voix la guerre encor ne se ranime, El ne choisisse en toi sa première victime ! » D'épouvante glacée, Hélène sur ses pas Sort, voilant son visage et soupirant tout bas. Elle arrive, elle monte au solitaire asyle, Où Paris l'attendait , et reposait tranquille. Pour Hélène Vénus sous les pompeux lambris Pose un siège non loin du siège de Paris. La fille de Léda tristement y prend place , Et détournant les yeux : « Voilà donc ton audace ! Dit-elle : combattant aussi faible que vain, Tu bravais Ménélas! Ah ! pourquoi sous sa main N'as- tu pas terminé ta vie et mon supplice ! Répare ton affront, fais-toi rouvrir la lice... Mais non;ilérobe-toi dans cet obscur séjour A la honte de fuir deux fgis en un seul jour! »

Paris répond : 1 Faut-il qu'une épouse si chère

M'accable du reproche et de l'injure amure! Ménélas m'a vaincu : Pallas guidait ses coups. Il est aussi des dieux qui combattront pour nous; Je puis vaincre à mon tour. Mais , amante adorée, Rends-moi ton cœur, rends-moi la tendresse jurée. Jamais de tant d'amour je n'ai senti l'ardeur, Pas même en ces instants où, sur sa rive en fleur , Cranaé nous offrit les roses de son île , Et pour nous de l'hvmen fut le premier asyle. » Hélène s'attendrit : sur le couple amoureux Vénus étend son voile, et Paris est heureux.

Tel qu'un lion ardent à retiouver sa proie, Ménélas au milieu des défenseurs de Troie Cherche Paris; ses yeux ne l'ont pu?rencontrer : Les Troyens cependant brûlent de le livrer, Et leurs cœurs indignés, las des jours d'un perfide. L'abhorrent à l'éual de la noire Kuménide.

CHANT ni. igj^

« Tioyens, Da.daiiiens! Mars, dit le roi des rois, De Ménélas vainqueur couronne les exploits : Restituez Hélène et son riche héritajjc ! Que le tribut promis, imposé dage en %c, Eternise l'injure et la vengeance! «Il dit; On l'approuve, et l'armée à sa voix applaudit.

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