‹ uvres complètes de MolièreChapitre 107 sur 553 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Sans doute. Ils étaieut une douzaine de possédés après mes chausses, et j'ai eu toutes les peines du monde à m'échapper de leurs pattes.

SBRIGANI

V^oyez un peu ; les mines sont bien trompeuses ; je l'aurois cru le plus afTectionné de vos amis. Voilà un de mes étonnemenls, comme il est possible qu'il y ait des fouibes comme cela dans le monde.

Ne sens-je point le lavement? Voyez, je vous prie'.

SBRIGANI

Hé! il y a quelque petite chose qui approche de cela.

MONSIEUR DE POURCEADGNAC.

J'ai l'odorat cl Timagination tout rempUs de cela ; et il me semble toujours que je vois une douzaine de lavements qui me couchent en joue

SRRIGAM.

Voilà une méchancelé bien grande; et les hommes sont bien traîtres et scélérats!

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Enseignez-moi, de grâce, le logis de monsieur Oronte; je suis bien aise d'y aller tout à l'heure.

SBRIGANI

Ah! ah! vous êtes donc de complexion amoureuse? et ▼ous avez ouï parler que ce monsieur Oronte a une fille?

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Oui, je viens l'épouser.

SBRIGANI

L'é... l'épouser?

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Oui.

SBRIGANI

En mariage?

De quelle façon, donc ?

■ Molière s'est sans doute souvenu ici du passage suivant de Rabelais : >viDtà Montpellier, où se cuida mellre à estuiMer pd médecine; mais il c > sidéra que l'eslat estoil fascheiiï par trop, et melancholique, et que les mf * ciDS sentcieDt les clysterei comme vieux diable». >

138 MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

SBRIGATSI.

Ah ! c'est une autre chose ; et je vous demande pardon.

MONSIEUR DE POURCEADGNAC.

Qu'est-ce que cela veut dire?

SBr.lCAM.

Rien.

MONSIEUR DE POBRCEACGNAG-

Mais encore?

SBRIGAM.

Rien, vous dis-je. J'ai un pou parlé trop vite.

MONSIEUR DE POL'UCEACGNAC

Je vous prie de me dire ce qu'il y a là-dessous.

SBRIGANI

Non : cela n'est point nécessaire.

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

De grâce.

Point. Je vous prie de m'en dispenser.

Monsieur de pourceaugnac.

Est-ce que vous n'êtes pas de mes amis ?

SBRIGANI

Si fait. On ne peut pas l'être davantage.

MONSIEUR de POURCEAUGNAC.

Vous devez donc ne me rien cacher.

SBRIGANI

C'est une chose où il y va de l'intérêt du prochain

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC

Afin de vous obliger à m'ouvrir votre cœur, voilà une petite bague que je vous prie de garder pour l'amour de moi.

SBRIGANI

Laissez-moi consulter un peu si je le puis faire en cons

cience. (Après s'être un peu éloigné de monsieur de Pourceaugnac.) G'csl

un homme qui cherche son bien , qui tâche de pourvoir sa fille le plus avantageusement qu'il est possible; et il ne faut nuire à personne. Ce sont des choses qui sont connues, à la vérité; mais j'irai les découvrir à un homme qui les ignore; et il est défendu de scandaliser son prochain. Cela est vrai; mais, d'autre part, voilà un étranger qu'on veut surprendre, et qui, de bonne foi, vient se marier avec une fille qu'il ne connoit pas et qu'il n'a jamais vue; un gentilhomme plein de franchise, pour qui je me sens de l'inclination, qui me

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